samedi 23 août 2008

EN ATTENDANT LA BIOGRAPHIE D’ANNIE MIDLIGE

Diversion géographique, historique et gastronomique


Il y a de ces petits samedis matins facteurs de moments magiques, diffuseurs de contentitude. Il suffit d’étaler l’édition fraîchement cueillie du dernier quotidien libre au pays, du moins il me semble, Le Devoir, sur l’îlot de la cuisine et, tout en sirotant un café, d’entreprendre la lecture d’icelui. La contentitude atteint son comble quand le papier, comme disaient les anciens, propose à la fois la chronique prétendument littéraire du merveilleux prosateur Louis Hamelin, digne fils spirituel du grand pamphlétaire Jacques Ferron, et celle supposément et fallacieusement sportive du spirituel Jean Dion, plus légère, certes, mais qui offre au lecteur, sur un autre registre, son lot de non moins graves propos sur la condition humaine.

Ces deux escogriffes réfléchis causent-ils vraiment de littérature et de sport? Il y a lieu d’en douter fortement, car ils se comportent plutôt en rusés sociologues dont l’esprit ouvre tout grand les vannes sur notre condition d’Américains – attention ! pas Étatsuniens, mais tonitruants résidants du continent – francophones, tant leur propos nous change de celui de bon nombre de ces benêts et intensifs « tapeux » de clavier à la solde d’empires de désinformation canado-québécois, clavardeurs besogneux, tâcherons scribouillards, qui osent prétendre faire dans le « journalisme » tandis qu’ils ne sont que d’épouvantablement vains échotiers de demi-sous-sols, épandeurs d’anecdotes banales et insipides, faisant indéniablement dans l’amusement facile du badaud par un siphonnage intensif, à gauche et à droite, d'insignifiantes matières à commentaires quand ce ne sont pas lesdits badauds qui leur fournissent qui une page trouvée par hasard sur la Toile, qui une vidéo de Hiyoutoube...

Pierre Cantin, la main dans … le sac, ou plutôt dans la fente à courrier de
la succursale de Postes Canada, à la Longue-Pointe-de-Mingan, dispositif à bascule d'où émergent parfois de curieux quadrupèdes. Icône à peine truquée par le pas très calé en informatique carnetier.
Photo : Jacqueline Potvin, 9 juillet 2008.


Holà ! Quel gigantesque écart à mes propos mauriciens, moi qui pourtant avais presque promis de ne plus déverser de mes humeurs mauvaises dans ce carnet ? Tout simplement parce que le hasard a fait en sorte que deux chroniques de Hamelin causaient de la Côte-Nord, de la Minganie, plus précisément, où, au début de juillet, j’allai passer quelques jours enchanteurs.

Et le lien avec mon carnet ? Tout bonnement que j’aurais pu y rencontrer, en pleine Minganie, une arrière-petite-fille d’Annie Midlige, que j’ai relancée à Parent, en Haute-Mauricie (ou est-ce déjà l’Abbittibbi ?), et qui, dans le cours d’une intéressante conversation téléphonique, peu avant mon départ pour Sept-Îles et les petites localités de la côte, me confiait avoir en sa possession une importante collection de documents et d’objets ayant appartenu à la prodigieuse marchande d’origine syrienne et qui m’invitait à lui rendre visite pour en prendre connaissance. Puis, drôle de coïncidence, cette dame m’a confié qu’elle partait, elle aussi, pour la Longue-Pointe-de-Mingan, chez des parents, pour tout le mois de juillet, question de s’y adonner à la pêche. Je ne l’ai toutefois pas rencontrée là-bas et je compte bien le faire à Parent, à l’automne.


Longue-Pointe-de-Mingan, 9 juillet dernier. En zieutant cette
fourgonnette transformée en cantine mobile, installée le long de la 138, en face du centre d’interprétation de Parcs Canada, à l’entrée de la petite localité, j’ai cru un instant que l'ineffable André Ouellet, l’ancien p.-d. g. de Postes-Canada et installateur patenté de MIUF, baron ministré aux dépenses torrentielles, avait piqué un ancien véhicule de livraison de la Société pour s’en faire un « stand à patates frites » ! Perception équivoque, causée probablement par le fait que, dans ce minuscule village, comme à Havre-Saint-Pierre, le bleu, le blanc et le rouge s’étalent partout, rappel flamboyant de la descendance acadienne de ses habitants.
Photo : Pierre Cantin, 9 juillet 2008.


De retour de Sept-Îles sur les ailes d’Air Canada – toutes les envolées, une demi-douzaine aller-retour d’Ottawa, bien ponctuelles et « servies » dans les deux langues officielles du pays –, j’ai poussé une pointe jusqu’à La Tuque. J’en ai profité pour me rendre au cimetière et aller y saluer les membres du clan Midlige enterrés dans la section réservée aux païens et aux païennes.

Les Midlige devaient faire l’objet de la présente page de mon carnet. Pour l’instant, je ne ferai que glisser ici deux photos de stèles funéraires rappelant le passage de quelques membres de la famille des Midlige et des Blais en Mauricie…

Pierre tombale d’Eva Lisa et de Mary Midlige.
Photo : Pierre Cantin, La Tuque, 25 juillet 2008.

Monument funéraire des époux Annie Midlige et
Joseph-Edmond Blais. Photo : Pierre Cantin, La Tuque, 25 juillet 2008.

* * * * *

… de même qu’un mot, en fait, un passage, emprunté aux mémoires de Max Comtois,

http://drcomtois.situs.qc.ca/oscalanea.html

un médecin qui pratiqua à La Tuque, qui y commet un commentaire aux termes très peu flatteurs, voire méprisants, sur l’un des fils d’Annie Midlige, un des pionniers du village d’Oskélanéo, qui était, comme sa mère, un commerçant et sur qui je reviendrai. Comtois y était allé en draisine pour soigner la femme du marchand écossais, une Amérindienne. Écossais et Amérindiens, une mauvaise engeance pour un papiste dévot, ami du curé de la paroisse, l’ultramontain Eugène Corbeil. Aussi a-t-il pu se sentir fort charitable, cet omnipraticien, bien « bon » de se déplacer pour soigner une « Sauvagesse », épouse en plus d’un protestant. C’était l’époque, concèdera-t-on, un temps où les notables possédaient la vérité, le savoir et le pouvoir tout à la fois…

Les éditeurs de ce site, petit-fils et petite-fille du médecin, précisent que plusieurs noms y ont été trafiqués. Ici, par exemple, le patronyme de Midlige est transformé en MacRidge; celui du missionnaire oblat Caron, en Courbon. Était-ce utile ou véritablement pertinent de procéder à ce camouflage ? J'en doute, surtout que les gens intéressés à la généalogie aurait pu y trouver des renseignements utiles.

Je transpose ici – j’y ai corrigé de rarissimes coquilles – l’extrait de cette page, intitulée «Oscalanea».


« Le Transcontinental comme on l'appelle, passe à Oscalanea, à cent trente milles de La Tuque. Si on peut appeler ça un village, c'en est un petit. Nous y trouvons un magasin général où il y a de tout et où s'approvisionnent les Indiens de la région qui viennent y vendre ou plutôt échanger leurs fourrures. À part de ce magasin général, il y a quelques petits campements.

Le propriétaire de ce magasin, Nick MacRidge, est le grand manitou de la place. Il y exploite royalement les Indiens qui sont de grands, naïfs enfants. C'est donc dire qu'ils paient à prix d'or ce dont ils ont besoin en nourriture ou en vêtements. Ce Nick MacRidge qui y fait fortune n'ayant aucune compétition est un supposé Écossais qui a échoué dans ce pays sauvage. D'où venait-il, personne ne le savait. Il avait dû travailler pour la compagnie de la Baie d'Hudson qui depuis toujours faisait le commerce avec les Indiens. C'est probablement là qu'il avait appris à les exploiter. Il était lui-même marié avec une grosse Indienne. »

[…]

« Il arriva un jour que sa femme tomba malade et je reçois un télégramme du missionnaire de Parent, le père Courbon, me demandant de me rendre le plus tôt possible à Oscalanea, soit une distance de cent trente milles. Il fallait couvrir cette distance en «speeder», petit véhicule mu par un moteur à gazoline qui peut filer à une vitesse de trente-cinq à quarante milles à l'heure sur la voie ferrée. »

Montage exécuté par Gaston Gravel et situant le poste de la Hudson
Bay
à Oskélanéo, ce village planté le long de la voie ferrée du Canadien National, où est d'ailleurs née sa belle-mère, Fernande Bourassa. Faudrait voir quelles étaient les dimensions du magasin-général de Midlige à cet endroit et si la HBC 'consentaient' de si bons prix à sa clientèle américaine...

* * * * * * *

NOTES

À La Tuque, d’après mes sources, qui sont très sûres, il ne resterait qu’un stand à patates frites monté sur roues, garé rue Bostonnais, tandis qu’on y trouve deux franchises de chaînes amerloques, dont un « grassouillard » EDC (Empoisonneur du coin : expression que j’utilisais, au siècle dernier, pour convaincre mon fils Olivier que ce n’était pas là un endroit où se sustenter selon les prescriptions du guide alimentaire de Santé Canada).

L’affiche géante de la concession latuquoise de PFK, triplement plantée
dans un champ, en
bordure de la 155, avant d’arriver « en ville ».

On y notera la volonté de faire "saveur locale", velléité légèrement coquine, mais loufoque tentative de minimiser la perversité de la mondialisation galopante. le panneau a tout de même un côté avantageux : son message précisera au voyageur affligé d’une gastro ramassée à Shawinigan ou à Grand-Mère, dans un lupanar alimentaire, qu’il n’est qu’à sept kilomètres de l’hôpital de La Tuque, l’établissement avicole y déparant le
paysage à quelques pas du plus gros édifice de la place!
Photo : Pierre Cantin, 24 juillet 2008.


Les promoteurs venus de la « Land of the Free » ont eu beau établir leurs baraques dans des endroits bien stratégiques, ils n’ont pas réussi à déloger Chez Wallace, une institution latuquoise plus que cinquantenaire, dont le propriétaire, Wallace Blackburn, abandonnant sa légendaire fourgonnette nourricière, s’est ancré tout à côté de la gare, rue Saint-Louis. Aux dernières nouvelles, ses cuvées parmentières étaient toujours les meilleures en ville.

Chez Wallace, rue Saint-Louis, vu depuis la gare de Via Rail. De l’autre côté de la rue, presque en face, l’immeuble qui héberge la station de radio CFLM 1240, où je fus, en 1964, brièvement journaliste et un peu, mais si peu, programmeur d’émissions de fin de semaine.

* * * * * *



Relique solitaire de mon court passage dans les studios de CFLM : une feuille de route qui servait, une fois par année, à calculer les redevances et les droits d'auteur devant être versées aux artistes - auteurs et compositeurs). Cette semaine-là, on ne faisait jouer que du "contenu canadien" ou presque: charité bien ordonnée...

* * * * * *

Retombées de mes propos sur la coupe à blanc survenue en 1988 le long du boulevard Ducharme. Depuis la parution de mon dernier carnet, Gaston Gravel m’a fait parvenir plusieurs documents sur ce déplorable événement duchesnien, dont ce montage, qui illustre, mieux que mes deux cartes postales anciennes, les résultats de l’opération du maire tronçonneur. Et puis, aux Piles, où je me suis livré à un petit safari photos, en route vers mon home chelséan, je n’y ai point rencontré le quidam coupeur : on m’avait pourtant dit qu’il y créchait…

Sur la photo couleur, on notera le trou béant laissé par le glissement d’une maison vers le terrain de golf, plus bas, provoqué par un bris de conduites souterraines. Ironie du sort, les parents de l’ancien maire habitaient tout juste au nord de ce lieu, du même côté de ce qui était la rue Commerciale. Mes parents, eux, occupèrent brièvement, dans les années 1970, un logis du rez-de-chaussée, côté nord, du gros édifice blanc, à droite du « cratère ».

* * * * *

Un artéfact mauricien, rare, pris à la volée, ce 25 juillet 2008, dans l’un des multiples capharnaum d’Hervé Tremblay, qui m’a révélé la présence, à Parent, de cette arrière-petite-fille d’Annie Midlige. Photo : Pierre Cantin.


Puisqu’il est question de La Tuque, deux suggestions de lecture : le carnet de Micheline Raîche Roy, consacré Eugène Corbeil :

(http://lbiographieeugenecorbeil.blogspot.com/2008_08_17_archive.html).

Elle y livre des documents inédits sur le curé fondateur de la paroisse Saint-Zéphirin, entre autres, la transcription d'une causerie qu'il donna le 25 mai 1925, de retour de son second voyage outre-mer.

Ensuite, celui de Jean-Georges Laporte qui y commente occasionnellement l'actualité latuquoise.

(http://www.echoducitoyen.com/).

Il y a en sans doute d’autres. J'apprécierais beaucoup qu'on m'en signale l'adresse URL.

* * * * * *

samedi 14 juin 2008

ANNIE MIDLIGE, première femme d’affaires des Hauts gatinois et mauriciens


UNE SINGULIÈRE TRAITEURE DE PELLETERIES

ET UNE COMMERÇANTE FORMIDABLE

ANNIE MIDLIGE (1864-1947)

Photo empruntée à la revue THE BEAVER,

publiée par la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Hervé Tremblay n’en est pas encore revenu : pourquoi, diable, a-t-on coupé l’énorme sapin baumier qui trônait au-dessus des trois stèles funéraires de la famille Midlige, dans la partie protestante du cimetière de La Tuque ? Un arbre que l’aïeule, Annie, aurait « commandé » avant de franchir le Styx à bord de son canot d’écorce et de filer doucement vers le royaume de l’au-delà. Certes, le sapin ne possédait pas tout à fait la majesté des cèdres de son pays natal, le Liban, mais sous quel prétexte a-t-il été vilainement raccourci ?

Les trois pierres tombales de la famille Midlige dans le cimetière
de La Tuque. À l'arrière-plan, ce qui reste du sapin baumier.
Photo aimablement fournie par Hervé Tremblay.

En blague, au téléphone, j’ai malicieusement soumis une hypothèse, quelque peu farfelue, je suis le premier à le reconnaître, j’en conviens, à l’historien patenté de la Moyenne-Mauricie. À savoir qu’il y aurait lieu de se demander si, à voir l’état déplorable de la souche, l’auteur du sacrilège n’aurait pas été ce fier bûcheron à la formation gréco-vaticane, l’as « coupeux » d’arbres citadins, l’ancien maire André Duchesneau lui-même, qui fut l’un de mes confrères de collège au STR et un excellent joueur de basketball.

Le collégien André Duchesneau, célébrant éloquemment la victoire du STR, en finale du championnat des éliminatoires de la ligue de ballon-panier interscolaire de Trois-Rivières, vers 1960.
Extrait d’une photo de groupe parue dans Le Nouvelliste (Trois-Rivières).

Donc, à l'été 1988, à l’époque où il était maire de la ville, André (l’âge et la fréquentation commune du vénérable Séminaire des Trois-Rivières m’autorisent cette familiarité) avait en effet ordonné que l’on abattît (ah! l’admirable subjonctif imparfait que voilà, une espèce en voie de disparition, comme les derniers vestiges architecturaux de la reine de la Moyenne-Mauricie…) systématiquement tous les arbres qui bordaient le boulevard Ducharme. Leurs racines, soutenait-il, mais j’erre peut-être, c’est par la presse et les ouï-dire que j’appris la triste nouvelle), obstruaient les canalisations sousterraines. Comme s’il n’existait pas d’outils qui auraient pu dégager les arbres sans devoir les massacrer tous !

Ces deux cartes postales de l’école Saint-Zéphirin (pompeusement appelé alors "collège") illustrent la végétation qui ombrageait de son ramage timide un long segment de la principale artère latuquoise, rebaptisée « boulevard Ducharme », le 21 mai 1958. Les photos remontent sans doute à une ou deux décennies avant la naissance du maire susmentionné. On remarquera que deux drapeaux flottent au faîte de l’édifice. L’un porte le sigle ESSZ (École secondaire Saint-Zéphirin); l’autre est le drapeau de la France. Hervé Tremblay me mentionnait que la maison où est né Félix Leclerc, rue Tessier, et celles de plusieurs voisins arboraient le drapeau tricolore tandis que les anglophones installaient « leur » Union Jack.

Si ma mémoire est bonne, les premiers arbres s’élevaient juste passé l’emplacement de l’ancien tronçon de la voie ferrée qui coupait la grand-rue à la hauteur de la rue Saint-Maurice et prolongeait son tracé, à l’époque, jusqu’à l’usine, vers le nord-ouest, passant derrière le garage naguère propriété de Ti-Gus Dubois, l’empereur duplessistement bleuâtre de la décennie 1950, et sûrement de la suivante, longeant la rue Tessier où était naguère située la première gare de la ville, et leur élégante procession s’étendait jusqu’à la rue Bellevue.

Sans doute la motivation profonde du geste destructeur de ce magistrat à la vision peu sylvicole se trouve-elle dans le fait que le quidam, avant de devenir pédagogue et directeur d’école, porta brièvement soutane et ceinturon noirs. Il aura donc appris, grâce aux savantissimes exposés des érudits théologiens du Grand Séminaire de la rue Saint-François-Xavier, dans la cité de Laviolette, la vieille coutume du colon euro-canadien venu de l’Hexagone qui, sur le conseil éclairé des robes-noires de la Nouvelle-France, Jésuites, Récollets, voire Sulpiciens, se hâtait de raser les arbres autour de sa cabane, question de voir venir de loin le diabolique Iroquois et ses gros mocassins. Mesure préventive largement mise en pratique, pendant plusieurs générations par la suite. Aujourd’hui, le purin de cochon contribue dans une plus large mesure, à faire fuir Autochtones et citadins de la campagne. De l’œil comme avertisseur, on est passé à l’appendice nasal!

À l’époque, donc, de cet intempestif tronçonnage, le geste sacrificiel de l’ancien séminariste latuquois avait trouvé écho dans la presse montréalaise. Il avait eu droit à une mention peu honorable, encore moins amicale, dans la rubrique des « Lettres des lecteurs », dans la page éditoriale du quotidien Le Devoir.

J’avais bien aimé le titre : « L’homme qui coupait les arbres ». Je crois que la lettre était du syndicaliste Émile Boudreau, un grand bonhomme, auteur d’un délicieux portrait de La Tuque des années 1930, paru dans la revue Liberté sous le titre de « La rue des Anglais », écrit qu’il me faudrait bien retrouver et qui ferait la joie de dame Odette Leclerc , de la Berlin and Coos County Historical Society, qui s’intéresse à l’histoire de la Brown Corporation.


*****

Trêve d’élucubrations sylvestres, je me suis encore éloigné de mon propos princeps : Sanmaur. Mais pas tant que ça… La dérive à son charme…

*****

La pierre tombale de la matriarche Midlige,
au cimetière de La Tuque.
Photo aimablement fournie par Hervé Tremblay.

Et Annie Midlige, cette formidable (au sens premier du terme : « qui inspire ou est de nature à inspirer une grande crainte ») femme d’affaires, dans tout cela ? Elle fera l'objet de ma prochaine page.

J’ai signalé, dans l’un de mes précédents épisodes, que l’oblat Guinard mentionnait, dans ses mémoires, qu’il avait rencontré, au cours de ses missions en Haute-Gatineau, une « Syrienne » qui commerçait avec les Autochtones de la région. Dans les éphémérides de Jerry McCarthy, auxquelles je puise abondamment, celui-ci fait référence à un "magasin juif" [ma traduction], situé à Manouane. À l’époque, en 1919, cet ethnonyme désignait depuis longtemps un endroit situé à l’embouchure de la rivière du même nom, à peine à un kilomètre du cœur de l’ancien village de Sanmaur. L’endroit était appelé « Manouane Crossings » par les employés des postes de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), car c’est à cette hauteur que deux ponts ferroviaires – toujours en place – traversaient successivement la Manouane et la Ruban. C’est là, d’après mes sources et mes lectures, qu’aurait été érigée la première gare ferroviaire du Transcontinental dans le secteur.

Donc, ce magasin de Manouane dont parle McCarthy, dès la première page de son carnet, était l’un de ceux qu’Annie Midlige avait établis le long de la voie ferrée du Transcontinental après avoir commercé amplement dans la vallée de la Gatineau, à partir d’Ottawa.

À Manouane, c’était sa fille Eva qui assurait la gérance, avec son mari, de cette succursale.

Je serais porté à croire que peu de gens, à La Tuque connaissent l’existence de cette prodigieuse femme dont la dépouille repose dans le cimetière de leur ville, en compagnie de plusieurs membres de sa famille, et encore moins qu’elle fut une femme d’affaires avisée. Moi-même, je n’aurai appris tout cela qu’en lisant un article d’un journaliste anglophone, Peter Leney, paru dans le Beaver, la revue de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et consacré à cette prodigieuse dame qui, devenue veuve, avait débarqué à New York, vers 1895. L’auteur y raconte comment elle a rapidement représenté une menace pour l’empire de la puissante CBH.

Ce sera l’objet du prochain épisode de mon prochain carnet qui devrait verser davantage dans l’histoire que dans l'expression parfois intempestive de mes humeurs...

*****

NOTES

Étonnant tout de même, ce geste d’abattage intensif des arbres de l’artère principale latuquoise de la part d’un type dont le patronyme, DuCHESNEau, contient, en son centre, les lettres qui forment la graphie ancienne d’un fort bel arbre : le « C H E S N E ». Et dire que le quercus (appellation latine du chêne) référait à un « arbre saint du druisme » ! L’étonnement provoqué par le geste posé pourrait toutefois être légèrement tempéré par cet autre terme qui désigne le même arbre, encore de nos jours, dans le Languedoc : le chêne « Yeuse » ! Alors, versons allègrement dans l’euphémisme et lançons un tonitruant « Bonyeu ! » pour donner le bénéfice du doute à l’as bûcheron descendu de la mairie, tronçonneuse à la main, qui était peut-être, après tout, « habilité » à procéder à l’installation d’un chantier forestier en plein boulevard Ducharme, y faisant une coupe à blanc…

Maire de la ville du 3 novembre 1985 jusqu’à sa démission, en août 1991, André Duchesneau n’a pas fait que dans déforestation intempestive. Il aura marqué sa ville de plusieurs innovations en matière d’urbanisme. Quand il tentera de renouer avec sa fonction de premier citoyen, en novembre 2003, les ouailles des paroisses latuquoises lui feront clairement savoir qu’elles lui préféraient son adversaire, Réjean Gaudreault, qui déjà, au milieu des années 1960, s’était impliqué au sein de la communauté. En effet, à l’occasion du temps des Fêtes, en compagnie de mon frère Robert et de quelques autres irréductibles écoliers de l’AEDES (Association des étudiants des écoles secondaires) insensibles au froid nocturne, le futur maire participait à installation, dans les rues du centre-ville et au parc Saint-Eugène, de l’éclairage multicolore de cette joyeuse période de l’année. Une fois installées, ampoules et projecteurs étaient agrémentés de glaçons fournis par le jet des boyaux du service d’incendie, manipulés par mon frère Jean. À l’élection de 2003, donc, Gaudreault raflera 73,5% des votes. Message évident.

*****

ÉMILE BOUDREAU (1912-2006)

« Né le 12 décembre 1915 à Petit Rocher, au Nouveau-Brunswick, Émile Boudreau a été tour à tour trappeur, bûcheron, colon et mineur à Normétal, en Abitibi. Dès 1944, il est élu secrétaire de l’Association des employés qui devient une section locale du Syndicat des Métallos en 1950. L’année suivante, il est nommé représentant des Métallos en Abitibi, puis coordonnateur régional des Métallos pour la Côte-Nord et la Gaspésie. Plus tard, il est nommé adjoint au directeur du Syndicat des Métallos et occupe le poste de vice-président du Conseil du travail de Montréal de 1973 à 1977. »

« Émile Boudreau a été de toutes les étapes qui ont mené à l’adoption la Loi sur la santé et la sécurité du travail en 1979. « Émile n’a jamais oublié la situation précaire que toute sa famille a subie lorsque son père a été victime d’un accident de travail à la Brown Corporation, à La Tuque. Il a continué à défendre des accidentés du travail même après sa retraite. Cette ténacité et cette constance dans ses convictions ont toujours suscité une vive admiration dans nos rangs. Nous le remercions du fond du cœur pour tout ce qu’il a fait », a ajouté le président de la FTQ. [Henri Massé] »

Source : http://www.ftq.qc.ca/modules/nouvelles/nouvelle.php?id=1599&langue=fr

En 1998, cet ardent syndicaliste, esprit progressiste, avait rédigé sa biographie : Un enfant de la grande dépression, autobiographie: un exercice narcissique pour en finir avec mes vieux démons!. Outremont, Québec, Lanctôt éditeur, 1998.

*****

À propos des formes colorées du patronyme Tremblay, Micheline Raîche-Roy, native de La Tuque, qui y a passé une partie de son enfance, une de ses tantes fut même la secrétaire d’Eugène Corbeil, m’en signale un : « Il y avait aussi, m’écrit-elle, Tremblay-pas-de-dépenses… Enfant, je pensais que ce monsieur n'avait pas de "dépense" (cabanon). Il était probablement près de ses sous. » Suave, l’humour involontaire des enfants!

*****

Les uniformes chez les Lee-Cantin – Trêve en guise de conclusion(s)!


Pendant la Seconde Guerre Mondiale, ma mère, Maizy Lee, avait bien tenté de s’enrôler dans la Royal Canadian Air Force, mais les militaires du bureau de recrutement l’avaient trouvée bien maigrichonne.


Elle pose ici dans un uniforme de marin, sans doute emprunté à l’un de ses admirateurs, qui auraient été légion, soutenait-elle. Maizy était quelque peu affabulatrice sur les bords. Consolation ? Elle épousera, en août 1943, en pleine Seconde Guerre Mondiale, un certain Émile Cantin, de Saint-Romuald-d’Etchemin, un aviateur qui, à ma connaissance, n’aura sans doute pas beaucoup volé durant ce conflit. Mais il avait eu l'occasion de voir Winston Churchill se vider la vessie dans la nature, derrière une baraque de Valcartier. C'est du moins une anecdote qu'il se plaisait à nous raconter, souvenir de son passage héroïque dans les forces armées de George VI.

vendredi 23 mai 2008

ALLIAGE DE KAKI TERRESTRE ET DE BLEU AÉRIEN

Pour en finir – ou presque – avec cette drabe couleur…

Il me semblait bien, itou, que, dans mes archives, j’avais d’autres icônes de ces activités scoutes de l’été 1960, lesquelles allaient bien convenir à l’illustration de mes propos sur mes années de conscrit scout trifluvien et nécessairement …mauricien.

Un épisode bien tranquille, plutôt nostalgique et surtout très personnel. Me faudrait bien quitter mes humeurs « belliqueuses » et replonger dans mes propos plus historiques.

Saint-Alexis-des-Monts, juin 1960

Chantier de construction de la porte d’arche principale du camp.

De gauche à droite : Michel Piché, Pierre Cantin et Louis Olivier. Au palier supérieur, le chef, Jean Villeneuve : illustration flagrante des inégalités provoquées par la hiérarchie.

Remise officielle de la médaille du campeur au scout Gélinas, par le très élégant assistant-scoutmestre Pierre Cantin, sa scoliose débutante et ses belles bottines neuves, - lesquelles le mèneront jusqu’à Obidjuan -, en compagnie du chef Jean Villeneuve et de l’aumônier Gaston Kirouac, toutes autorités, on l’aura noté, en tenue moins qu’informelle!

L’ASM Cantin rédigeant un procès-verbal ! Ou de l’obligation

d’afficher le sérieux de son autorité…

Un pouce brandi bien inutilement : l’ASM Cantin verrait-il poindre du sud un véhicule tout en zieutant vers le nord ? Saint-Rock-de-Mékinac, 30 juin 1960. Photo : Louis Olivier

DANS LA VALLÉE DE LA MATTAWIN


Le routier Cantin, au lieu dit « Les Chiennes »,

quelque part le long de la Mattawin, 19 août 1960.

<

LA LOUTRE (barrage Gouin), août 1960


Le même routier Cantin, à La Loutre, déguisé en travailleur forestier.

Devant un bâtiment de la C.I.P., 24 août 1960.

*****

L’ATTRAIT DE L’UNIFORME CHEZ LES LEE-CANTIN

Mon frère Robert, de dix-huit mois mon cadet, échappa au port du kaki : il n’aura revêtu que des uniformes caractérisés par le bleu. D’abord comme louveteau, puis comme cadet de l’air.


Robert Cantin, en bleu de l’Aviation royale canadienne dans la cour du 737 Kitchener, quasiment à l’ombre du clocher de l’église Marie-Médiatrice. À cette époque, la tente était le quartier général du benjamin des Cantin, Jean. Il y rassemblait toute la marmaille du quartier. Été 1959. Photo : Pierre Cantin

Rue Saint-Joseph, La Tuque, été 1961. Photo : Pierre Cantin

]

Sur ce cliché, les cadets Robert Cantin et Roger Collin déposent une couronne de fleurs au pied de l’immense statue du Sacré-Cœur, bras déployés, zieutant de son œil perçant le trafic en provenance de la rue Commerciale. La cérémonie me semble s’être déroulée en 1961, comme en font foi les banderoles du cinquantenaire de La Tuque, mais personne, jusqu’ici, n’a pu m’éclairer sur les raisons de ce dépôt militaro-floral, le monument aux soldats morts à la guerre se trouvant tout à côté du nouveau bureau de poste de l’époque, plus à l’est, rue Saint-Joseph, passé la voix ferrée.

À l’arrière-plan, deux édifices à la blanche façade sont flanquées de succursales d’institutions très financières : à gauche, celle de la Banque nationale, angle Saint-Joseph et Saint-Antoine, et, à droite, une partie de la défilante Banque Royale. Latuquois et Latuquoises, du moins ceux et celles qui ont mon âge, reconnaîtront le maire d’alors Onésime Dallaire, Raymond Arsenault, col blanc aux ateliers de l'usine, commis à la section des équipes d’entretien, éternel commissaire d’école, et Luc H. Morissette, le directeur de l’École des Métiers ["H" pour Hégésippe? Hector? Hercule? Herménégilde? Henri? Hermel? Hilaire?]. Peu usité tout de même, en Haute-Mauricie, chez les francophones, cette pratique britannico-américaine de l’initiale médiane! L’addition d’un terme était plutôt l’usage répandu: Tremblay-Bicycle, Tremblay-Banane, Tremblay-à-Tophase…]

Mon frère Jean, dans son uniforme scout tout neuf, mais coiffé de mon bérêt, sous le regard attendri de sa mère, Maizy Lee. Juillet 1961. Photo : Pierre Cantin

Jean fera aussi partie des cadets de l'air. Trônant sur l'énorme téléviseur Sylvania qui versait désespérément dans le gris, le portrait du carnetier, dans son costume de rhétoricien. Photo prise, les anciens, futés, l'auront noté, un dimanche après-midi, à l'Heure des quilles. Rue Kitchener, vers 1963. Photo : Pierre Cantin

Mon petit frère Jean allait, quelques années plus tard, porter fièrement d'autres couleurs, celles du premier club de motards de La Tuque, les Gaulois. Juillet 1961.

Photo : Pierre Cantin

Une relique véritable, un artéfact latuquois inestimable : la veste des célèbres et redoutablement doux Gaulois de La Tuque. Ah! c’était bien avant l’ère des QUAD…

Photo : Jean Cantin, mai 2008

*****

Mon père qui, en compagnie d’autres anciens de l’Aviation royale canadienne, la RCAF, se sera occupé durant de nombreuses années de l’escadron 646 des Cadets de l’air de La Tuque, aura alterné du bleu hivernal au kaki estival dans ses tenues d’officier, réunissant parfois les deux couleurs, comme l’illustre cette photo qui date de 1967 environ.

Émile Cantin, vers 1967, dans le salon du 728, rue Castelneau. Photo : Pierre Cantin

*****

NOTES

Une anecdote qui me fait encore sourire quand j’y repense : ce massif Sacré-Coeur n’aura pas été qu’une parure. Il fut en effet utile à ma mère dans son rôle d’agent de la circulation. En effet, quand celle-ci revenait de faire ses courses, rues Saint-Antoine ou Commerciale, le géant barbu lui indiquait, de sa dextre dorée, la voie à suivre pour retrouver la rue Tessier, où nous habitions, à notre arrivée en ville, à l’automne 1954. Maizy, habituée à la géographie minimaliste de Sanmaur, où elle n’avait point eu besoin de recourir aux talents de sémaphore de la vierge de plâtre installée par le curé Lacasse au balcon de la grotte de pierre, avait quelques difficultés à s’orienter dans cette ville qui lui était nouvelle et qu’elle n’a jamais aimée d’ailleurs.

Nous avons créché à l'étage supérieur de l'édifice de Beau-Blanc et d'Albertine Tousignant, au 348C, rue Tessier, à l’angle de Saint-Michel, tout juste à côté de l’usine de la C.I.P., jusqu’en décembre 1956. Il me faudra bien des années pour ne plus sentir, avec dédain, l’odeur caractéristique de l’usine. Elle se rappelle à mon souvenir quand je roule sur la 148, à Thurso, ou sur la 74, à Rockland, en Ontario et que le vent est de l’ouest.

*****

Robert et moi ferons un camp scout à Rivière-aux-Rats, en juillet 1956. Il sera l'objet d'un épisode dans un carnet sur La Tuque. Me voici devant la tente de la patrouille des Aigles. Si je me rappelle bien, mon chef de patrouille était Michel Poirier. À noter mon premier appareil photo : un Kodak Brownie Holiday. Difficile de rater un cliché avec ce modèle...


Photo : Maizy Lee Cantin

mercredi 30 avril 2008

DES KAKIS EN HAUTE-MAURICIE (BIS)


Ma documentation sur la Haute-Mauricie et son histoire, la grande et la petite, continue de s’accumuler. Ainsi, une courte visite dans ce qui fut, dans une vie antérieure, l’une de mes deux repaires « intellectuels », la bibliothèque Morisset de l’Université d’Ottawa – l’autre ayant été cette petite pièce où j’avais rassemblé les éléments de ma « ferronnerie », une espèce de lieu extra terrestre situé à quelques pas de l’ascenseur, au quatrième étage de ce qui s’appelait alors la Bibliothèque nationale, rue Wellington, dans la grande Hutte-à-Oies, et où j’eus comme voisin l’ancien chef du Nouveau Parti démocratique, David Lewis, personnage affable et sympathique –, courte visite, donc, qui m’a permis de zieuter une vingtaine d’articles de revues sur les sujets qui occupent les octets de ce carnet.

Pas de grandes trouvailles, donc, dans tous ces articles savants, mais quelques détails et anecdotes qui pourraient ajouter à la substance de prochains épisodes.

Mattawanie, Manouanie (j’ai trouvé le terme dans un essai autobiographique d’une dame qui enseigna à Sanmaur en 1953 et sur qui je reviendrai), Amérindianie, Indianie, Franco-Amérindianie, Iroquoisie, tous toponymes évocateurs et inspirants qui s’ajoutent à la nomenclature des provinces telle qu’établie par l’immense écrivain national Jaques Ferron. Pour l’Admirable Docteur, le Québec est en effet un pays constitué de provinces : la Mauricie, la Gaspésie, l’Abitibi, etc.

Je crois bien que je vais intituler «LATUQUOISERIES» cet autre carnet que j’ai l’intention d’éditer sur La Tuque, où j’ai tout de même passé quelques années de mon enfance et mon adolescence. Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai beaucoup de matière.

Je pourrais faire ainsi le pont avec ma page kaki précédente et la présente, de même qu’une prochaine relation, plutôt une évocation, du seul camp scout que je fis avec la troupe latuquoise en signalant le décès, l’an dernier, de celui qui était son aumônier en 1957, Louis-Philippe Pelletier. La notice est un extrait du bulletin des anciens du Séminaire Saint-Joseph, Le Ralliement.

Pour l’instant, quelques ajouts iconographiques au débarquement de kaki personnages en Mauricie. J'en présenterai d'autres dans le cadre d'épisodes sur Sanmaur et la Manouane.

Lors de cette sortie d'août 1960 du clan routier, nous avions marché tout un après-midi, sous un soleil de plomb, pour nous rendre dans les hauts de la rivière aux Rats. Là, nous étions montés de nouveau dans la boîte à ridelles de notre autocar de campagne, un camion Ford de la Consolidated. En cours de route, le bolide a glissé hors de l'étroite piste. Nous l’avons échappé belle. Personne de blessé : nous avions notre ceinture scoute bien bouclée… Le grand dieu de la route devait être de cette route...



L’aumônier Émile Descôteaux examine la situation : non, le goupillon
ne pourra extraire l'engin de son pétrin. Photos : Pierre Cantin


Nous nous sommes quand même rendus à une vieille cambuse, vétuste installation, à l’embouchure de la rivière aux Rats, où nous avons passé la nuit, à la dure, la hanche posée sur le béton…Le lendemain, nous repartions pour La Tuque, puis Sanmaur.


*****

SAINT-ALEXIS-DES-MONTS

(MASKINONGÉ)

Quelques réminiscences du deuxième et dernier camp scout de ma carrière de disciple de Robert Baden-Powell, pas le guitariste, mais bien Bipi, fils de pasteur de son état.

[Érection de la porte d’arche principale du camp scout de Saint-Alexis-des-Monts.
De haut en bas, le chef, Jean Villeneuve, les intendants Louis Olivier
et Michel Piché, tous deux de La Tuque. Juin 1960. Photo : Pierre Cantin
Michel Piché, au boulot, dans son intendance, à Saint-Alexis-des-Monts,
juin 1960. Photo : Pierre Cantin

Louis Olivier, attendant un « pouce », le 30 juin 1969, sur la route 19, à Mattawin. Son père fut l’un des propriétaires de la compagnie qui livra, vers 1956, à la population latuquoise, dans des boîtes à images, d'illustres communicateurs comme René Lévesque et Fernand Séguin, sans compter l'ineffable Michel Normandin qui, le mercredi soir, décrivait les match de catch impliquant une bande de gros gars en caleçon se frictionnant le mollet (entre autres, les "bons" Yvon Robert et Larry Moquin infligeant de cuisantes (bien sûr) raclées à de "méchants" étrangers comme Yukon Eric et Vladek «Killer» Kowalski, mais aussi à un traître, le sinistre Bob Langevin), et, le samedi soir, encensait les exploits tricolores des Jacques Plante, Maurice Richard et autres Bienheureux Glorieux de la Sainte-Flanelle affrontant leurs éternels ennemis membres du club des Ailes rouges, dont le magnifique cerbère Terry Sawchuk, le détestable Gordie Howe et son copain, Ted « le Terrible » Lindsay. Photo : Pierre Cantin


À gauche, le
À gauche, le "bon" Yvon Robert livre quelques conseils
pratiques à un coéquipier. Carte Parkhurst de 1956.



Le méchant Yukon Eric , discret de son anatomie, "luttait"
le plus souvent en jean. Ici, il frictionne un catcheur plutôt timide,
un cagoulé sans doute apeuré à l'idée que sa mère le reconnaisse
en petite culotte.
Une autre carte Parkhurst de 1956.
Mon frère Robert et moi en
avions réuni un jeu complet. Il vaut une fortune aujourd'hui.


*****
LA LOUTRE

Émile Descôteaux et un collègue de travail du STR, Jean Panneton,
alors « maître de salle », en compagnie du chef du clan, Jean Isabelle, et
d’enfants attikamekw, à Obidjuan.
Curieusement, ces derniers
sont « jouqués » sur un tas de dormants.

Il n’y a aucun tracé de chemin de fer dans un rayon d'une centaine de
kilomètres. Il s'agissait sans doute de matériaux récupérés de l'ancien
tronçon Chaudière - La Loutre, construit par la Fraser-Brace et démantelé à la
fin des années 1930.
Photo : Pierre Cantin

[ Au retour d’Obidjuwan, à bord du Wapoose, piloté par lecapitaine Skeene,
vue du barrage
Gouin. Impressionnant plan d'eau. Photo : Pierre Cantin

[ Deux vues du barrage Gouin, août 1960. Photos : Pierre Cantin


*****
Longue et intéressante conversation téléphonique, l'autre jour, avec Guy Beaudoin, dont le père, Phil Beaudoin, expert mécano en diesel, a habité à La Loutre où il avait marié Paulette Giard, en 1931. Il était donc le beau-frère de Jerry McCarthy. Voici que mon répertoire des ressources humaines sur la Haute-Mauricie d'enrichit d'un précieux ajout. Guy travaille à établir une chronologie détaillée de la vie au barrage Gouin, qu'il a l'intention de me refiler.

NOTES

Hutte-à-Oies – Ce calembour toponymique est du regretté historien Pierre Savard (1936-1998), bêtement décédé d’une erreur médicale dans un hôpital de la grande Hutte. Il était un homme d’une grande simplicité, d’une immense affabilité, d’une disponibilité sans limites, Nombreux furent les coups de fil que je lui ai passés pour qu’il me renseignât sur tel ou tel aspect obscur de l’histoire sociale québécoise à une époque où Internet n’était pas encore accessible. Il m’aura été d’une aide incommensurable dans la préparation de mes éditions ferroniennes.

[http://www2.banq.qc.ca/rfq/savard.htm] – [http://www.crccf.uottawa.ca/fonds/P124.html]- [http://agora.qc.ca/encyclopedie/index.nsf/Impression/Pierre_Savard].

« Pierre Savard, un ancien de la troupe Laval, est l'un des rares historiens québécois à s'être penché sur la naissance et l'essor du scoutisme au Québec. Auteur d'au moins quatre articles sur le sujet [4], Savard ne s'est pas intéressé en premier lieu a la formation offerte par le scoutisme, mais plutôt au contexte et aux facteurs qui ont conditionné son implantation; dans son dernier article portant sur la Route, il accorde cependant une certaine place à la formation religieuse des scouts ainés, membres de cette branche. » - Raphael Thériault

*****

J’ai eu beau fouiller un peu partout dans mes affaires, je ne suis pas arrivé à retrouver le vieil appareil photo Kodak de ma mère, celui qu’elle m’avait prêté pour la route sur la Mattawin et la Saint-Maurice. Je suis allé voir dans Internet pour y en dénicher une photo. J’ai trouvé ceci.

Je réussissais de meilleures photos avec mon appareil YASHIKA-A; les « portraits » des intendants Piché et Olivier en sont d’éloquentes illustrations. L'appareil s'avérait toutefois fort lourd.


***

Énigmatique lien iconographique avec un éventuel épisode de mes Latuquoiseries. Le mystère sera élucidé lors de l’évocation de mon camp de l’été 1957, à Rivière-aux-Rats …musqués. Un indice : l’un des assistants-scoutmestres lors de ce festival de maringouins fit carrière dans la sûreté municipale.