samedi 3 octobre 2009

Sanmaur : mission, desserte et paroisse

II. L’«incontinence florale» de son second gérant de temple

[54]


L’élégant oblat Léopold Lacasse : un touriste à Niagara Falls, vers 1953.

Photo : Maizy Lee Cantin

Aujourd’hui, avec ce recul de plus d’un demi-siècle, le visionnement de ces photos de l’intérieur de la petite église de Sanmaur, prises en 1953 et 1954 par l’oblat Léopold Lacasse, ne peut que me laisser l’impression qu’il y avait bien quelque chose d’indécent, d’incongru dans ce déploiement orgiaque d’ornements et de décorations dans un temple appelé, de toutes façons à disparaître à peine une vingtaine d’années après sa construction. Windigo avait perdu, à la fin des années 1940, sa vitalité et sa communauté; Sanmaur allait suivre. Éphémère existence que celle des dépôts forestiers.

Déjà, en août 1960, à peine une douzaine d'années après sa construction, le cinq logis de mon enfance était condamné à la démolition. Il était placardé et je n'avais pu y entrer...

Les photos, toutes œuvres de Lacasse, sauf indications contraires, parlent d’elles-mêmes et expriment bien l’extravagance de ces «fous de Dieu», immensément à l’aise avec la bourse, si maigre soit-elle, d’autrui, illuminés qui se croyaient investis d'une supposée mission, celle de payer un tribut aussi festif à l’énigmatique patron de leurs oeuvres dérisoires.

À Sanmaur, compte tenu du cheptel plutôt réduit des brebis en mesure de cracher une raisonnable dîme, on nage carrément dans la démesure; on ne saurait être que rebuté par une incontinence décorative qui a dû faire le bonheur de bien des vendeurs de bébelles religieuses et de fleurs, sans oublier celui du Canadien National qui a assuré leur transport.

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Lacasse a fait recouvrir (peut-être remplacer) la boiserie originale ceinturant l’intérieur du temple de panneaux imitant le marbre, nettement visibles ici, sur le mur derrière l’autel et celui de la nef, côté est. D’année en année, il a varié l’ornementation, les icônes, adaptant le décor au calendrier liturgique.

Vendredi-saint et Golgotha factice à Sanmaur.

Maizy Lee Cantin et son fils Jean : une mise en scène du photographe-curé….

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Si ma mémoire est bonne, il y a deux grands cycles dans le calendrier liturgique romain – celui de Pâques et celui de Noël, lesquels ont donné naissance au théâtre en Occident – tout comme il existe une ribambelle de fêtes et de célébrations auxquelles est associée un gamme de couleurs, source de joies grandioses pour les fabricants de tissus, d’ornements et de costumes de toutes sortes. À Sanmaur, la sacristie, située à la droite du chœur, comprenait un mur complet de tiroirs bourrés de vêtements sacerdotaux et des armoires remplies d’objets précieux. Un véritable entrepôt ! Et c’était le p’tit frère Auger, Conrad, qui devait veiller à l’entretien de toute cette garde-robe et aux changements multiples des décors…

Vue rapprochée de l'autel.

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Noël

La génératrice de la Brown a dû avoir bien du mal à fournir le jus, ces soirs d'éclairage malade du temple !

Le village miniature et le train électrique installés au presbytère.

Saint Nicolas débarque à Sanmaur.

Je n’ai aucun souvenir de cette activité festive quand le presbytère était ouvert aux enfants – ici je ne reconnais aucun d’entre eux, probablement fils et filles des résidants du secteur Manouane, de parents dont la salaire ne dépendait pas de la Brown. Saint Nicolas était personnifié par Albert Lesage, mécano qui fut à l’emploi de la compagnie berlinoise et de Gaston Pothier, le distributeur des tronçonneuses Stihl [***] des Hauts mauriciens… J'ai cependant plusieurs photos des Lee et des Cantin à l'occasion de visites nocturnes de cet immeuble.

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Les QUARANTE HEURES

Sauf erreur, cette disposition de lampions et de fleurs se faisait à l’occasion de la pratique dite des « 40 heures ». Je n’en ai qu’un vague souvenir.

Ces deux cylindres d'acier soutenaient le jubé.

*** Volet sportivo-païen !

Pothier, monté dans les Hauts mauriciens, fut d’abord cuistot pour la Brown à La Loutre, puis restaurateur à son compte là même, ensuite à Sanmaur en même temps qu’il obtenait l’agence des produits Stihl, commerce qui sut le rendre rapidement millionnaire. Pothier fut également le propriétaire de l’entreprise La Tuque Chain Saw Ltd. Et voilà qu’une vieille canne de son cru latuquois se retrouvera offerte aux collectionneurs sur Ebay !

D'après moi, l’artéfact latuquois le plus rare jamais aperçu sur Ebay, du moins le croirais-je,

demeure ce trophée, bosselé, «donated by the businessmen of La Tuque», et attribué à l’équipe championne de la La Tuque Baseball League, dans les années 1920. Le vendeur étatsunien en demandait 75 $, mais son objet n'avait pas trouvé d'acheteur...

En 1928, c’est l’équipe appelée CERCLE qui l’avait remporté.


Le prochain épisode, titre provisoire de « Léopold Lacasse, O. M. I. ou bedon M. B. A. ? », clôturera mon triptyque catho-sanmauresque…

J’ai orchestré le contenu du cinquante-quatrième au moment où les flics d’Ottawa essayaient de mettre la main au collet …romain du grassouillet prélat antigonishien Raymond Lahey, amateur de très jeunes bipèdes dont le corps, soutenaient les redoutables soutanes à une certaine époque, constituait un temple habité par le présumé créateur de toute chose et de tout être... Pendant ce temps, à la radio, j'écoutais une dame, une thérapeute, rappelle à l’animateur radio-canadien qu’on avait l’habitude d’exiler dans une autre paroisse les pédophiles à la verge consacrée un peu trop actifs. Son appel m’a rappelé une autre intervention, celle d’un type qui suggérait, il y a un an ou deux, au même animateur, de se rendre dans un village du Grand Nord pour y constater, de visu, les nombreux yeux bleus laissés en héritage aux jeunes gens du patelin par le missionnaire oblat qui y exerçait ses services prétendument spirituels.

* * *

Pour finir, une anecdote, plantée un peu plus au Sud, dans un contexte davantage lié à mon propos.

Un jour, à Sanmaur, V***, frère oblat, avait agressé une fillette. Le froqué avait dû se réfugier dans les bois jusqu’à ce que Lacasse allât le cueillir pour le placer à bord du train de nuit vers les Bas… La jupe comme refuge !

Ite, chroniqua est…


dimanche 27 septembre 2009

Sanmaur : mission, desserte et paroisse


I - Son église et son promoteur,

Édouard Meilleur

[53]

L’église de Sanmaur apparaissant sur une carte postale éditée au début des années 1950.

Mais où, Belzébuth, pouvait-on bien se la procurer ?

Wemotaci, vers 1910. Illustration tirée de l’ouvrage Mémoires d’un simple missionnaire [1].

On aura repéré l’Union Jack apprêté à la sauce Hudson Bay Company.

** *** **

Si l’établissement de dessertes ou de missions à Sanmaur (Saint-Gabriel-Lalemant) et à Wémontaching [Wemotaci] (Sainte-Rose-de-Lima) remontent à 1942, il y avait tout de même plus d’une centaine d’années que l’une des composantes de la vaillante armée de la faction militante de la toute-puissante Église catholique, surtout romaine, les intrépides Oblats de Marie-Immaculée s’acharnaient à «civiliser» les Amérindiens de ce vaste territoire quasi nordique de la Haute-Mauricie et peinaient à ramener dans le droit chemin les travailleurs forestiers canadiens-français obligés de bosser, les pauvres, sans les secours immédiats de la religion. La plus connue de ces soutanes à raquettes à avoir patrouillé sans relâche ces grands espaces fut probablement Étienne Guinard (1864-1965), qui a laissé d’utiles mémoires pour connaître cette région.


«En juillet [1942]», peut-on lire dans l’essai Le Diocèse de Trois-Rivières 1852-1952, «Mgr [Alfred-Odilon] Comtois bénit les chapelles de Sanmaur (S.-Jean de Brébeuf) [2] et de Manouan (S.-Gabriel Lalemant) dans le Haut Saint-Maurice.» Les rédacteurs, Georges Panneton et Antonio Magnan, se sont gourés : ils ont inversé les patrons des dessertes, car c’est bel et bien la statue du second qu’on juchera au-dessus du maître-autel de l’église qui sera inaugurée le 15 novembre 1947.

L’église et le modeste presbytère de Manawan [Manouan ou Manouane], déjà plus à l’Ouest, puisque la réserve se trouve en Mattawinie. C’est une carte postale de piètre qualité, production des Ateliers Désilets du Cap-de-la-Madeleine. On peut y lire au verso : «Église et presbytère de Manawan, via Sanmaur, Co. Laviolette». Date inconnue.

Je tiens la date de cette inauguration des précieuses éphémérides colligées par Jerry McCarthy, qui y signale que le 22 janvier précédent, il avait participé à la rénovation du vieil édifice à bureaux de la CIP, tout probablement situé au sud de la voie ferrée, pour en faire un lieu de culte temporaire. Le desservant dudit lieu, quant à lui, créchait dans un modeste logis fourni par la Brown Corporation, filiale québécoise de la quasi séculaire Brown Company, ancrée à Berlin, au New Hampshire.

Document gracieusement fourni par Patrick McCarthy, le petit-fils de Jerry.

Je suis persuadé que les Oblats, comme tous les membres en règle de la gent unie des ensoutanés, ont su tirer le maximum des instances britannico-étatsuniennes qui contrôlaient l’économie sociale et politique à la grandeur de la Mauricie.

Ainsi, à La Tuque, le gargantuesque Eugène Corbeil sera mêlé de très près à plusieurs des conseils de direction d’associations impliquant des anglos et des francos, tout en interdisant à ses brebis de fréquenter les «clubs neutres », entendre ici, le Brown Community Club, pourtant construit en partie pour les employés de l’usine, pour la plupart des Canadiens français. En siégeant à certains conseils, Corbeil contrevenait à une directive du grand boss Pie X, laquelle remontait à 1910 et décrétait qu’il ne «conven[ait] pas que les prêtres fassent partie d’une société où ils seraient sur le même pied que les laïques, car le rôle du prêtre est de présider». Rien de moins ! En 1945, toujours de Rome, nouvelle prescription : «… les prêtres ne doivent pas fréquenter les sociétés ou clubs neutres, genre Rotary Clubs.»

La Brown, of course, prendra bien soin de l’obèse pasteur latuquois, entre autres, en le célébrant d’éclatante façon par une page complète sur lui dans le Brown Bulletin [3].


L’une des premières vues de l’intérieur du temple sanmauresque, prise par un photographe de la Brown Co., Reserch Dept., Photo Section, Berlin, N. H., en 1949, du moins classée, le 21 novembre de cette année, dans les archives de la compagnie à son bureau de New York.

L’ornementation d’origine du temple était plutôt sobre. Léopold Lacasse, qui s’amènera à Sanmaur en 1952 et dont le mandat apostolique devait s’exercer auprès des Blancs du dépôt, tandis que Meilleur veillait, lui, au salut des Amérindiens et des coupeurs d’épinettes des alentours, aura tôt fait d’y procéder à des changements majeurs,

La Brown a dû cracher un hénaurme motton dans ce dossier de l’érection de ce temple papiste aux dimensions imposantes pour une si petite population qui ,de plus, n’y était que brièvement de passage (on commencera à fermer le village dès 1953), puis lors des achats massifs de Lacasse par la suite. Pour la compagnie, c’était une façon plus qu’efficace, en quelque sorte, de s’assurer de la loyauté de la véritable autorité du temps auprès de la classe laborieuse, celle des robes noires: en effet, rarissimes furent les soutanes qui auraient élevé la voix contre «la» compagnie. Bien au contraire. Les soldats du Christ qui se garrocheront avec ardeur aux confins de la brousse nordique pancanadienne auront, par exemple, beaucoup profité, dans le cadre de leur chasse frénétique aux âmes des païens autochtones, des services de la très protestante Hudson Bay Company. Il est vrai qu’une bonne part de la main d’œuvre ouvrière des chantiers d’opération québécois des Brown était constituée de catholiques, Canadiens français et Irlandais. À Québec, en Mauricie, en Gaspésie, sur la Côte-Nord et en Beauce, elle était majoritairement canadienne-française. En 1760, Londres, dans son intelligence colonisatrice, s’était rapidement entendue avec Rome : la majorité francophone ne donnerait pas trop de problèmes aux nouveaux colonisateurs si le clergé s’occupait du quotidien du cheptel.

Un décorateur et lobbyiste se pointe à Sanmaur :

Léopold Lacasse, o.m.i. raffiné

Léopold Lacasse, dans son élément. Sanmaur, vers 1953. Photo : Maizy Lee Cantin.

Un organisateur hors pair, l’oblat Léopold Lacasse, sut profiter des largesses protestantes de la Brown. Rapidement, dès son installation de résident, il apportera des changements majeurs à la décoration de l’église.

Le chœur de l’église : dépouillé, puis revampé. Quatre statues [5] ont été expédiées dans les limbes, remplacées par deux anges, seule est restée celle de Gabriel Lalemant, hissée un peu plus haut; des tringles supportent une espèce de rideau qui s’étale sur deux niveaux derrière l’autel et dont les couleurs illustreront les cycles du rituel; un élégant rideau masque les portes latérales et de multiples ornements ont été ajoutés à l’autel. Photo : Léopold Lacasse.


On ne saurait croire que les coûts rattachées aux opérations de rénovation intérieure tant du choeur et de la nef de l’église qu'aux travaux d’ébénisterie de la sacristie, à l’achat d’éléments décoratifs d’une splendeur peu ordinaire, à l’acquisition d’une richissime garde-robe de vêtements sacerdotaux les plus variés, à l’orgiaque et honteux déploiement ponctuel d’ornements et de fleur, eussent pu être réglés par les seuls paroissiens. Mais quid hoc ad aeternitatem ?


ÉDOUARD MEILLEUR (Holioke, Massachusetts, 1890 – Québec, 1974),

premier curé de Sanmaur

Autographe probable de Meilleur. Fournie par Jean-Guy Hamel, qui, en 1948, fut télégraphiste à la gare du Canadien National, et à l’occasion, chauffeur du curé. Il m’a gentiment numérisé les cinq photos suivantes.

Édouard Meilleur, le chargé d’âmes amérindiennes et forestières, en 1948, pose fièrement devant la «modeste» église dont il a supervisé la construction.

Meilleur en mission à Wemotaci.

Meilleur en compagnie d’un certain Pelletier, un garde-chasse, aux dires de certaines de mes sources.

À confirmer.

Meilleur et son éternelle toque carrée, sa barrette de service.

Meilleur devant le magasin général Thériault, situé tout près de l’église, à Sanmaur.


C’est en 1947, après avoir succédé à Étienne Guinard comme desservant de la région de Maniwaki, que Meilleur arrivera à Sanmaur, où il fait construire un presbytère et une église. Le coureur des bois s'était vu confier un vaste territoire, desservant 66 chantiers autour de Sanmaur et des postes le long de la voie du Canadien National, en plus de devoir se rendre à La Loutre. Le 23 mars 1953, il est assigné la paroisse de Saint-Sauveur, à Québec et quitte alors la Haute-Mauricie.


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Septembre 1946 : visite d’un gros canon !

Du 3 au 12 septembre 1946, un gros canon (facile jeu de mots, guère fortuit : le quidam avait été nommé, le 14 juin, «évêque des Armées canadiennes»), Maurice Roy, futur cardinal de Québec, mais alors simple cinquième évêque du diocèse, avait «fait la visite pastorale aux Missions indiennes et aux paroisses et dessertes du Haut-Saint-Maurice».

Un sombre dominicain et le curé de La Croche, Paul Rainville, entre autres (photo du haut), accompagnaient Roy dans sa tournée des Hauts mauriciens, en septembre 1946. Les deux fils de Jerry McCarthy figurent sur ces photos tirées des archives de celui-ci.


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À suivre : titre du prochain épisode :

Sanmaur : mission, desserte et paroisse

II. L’«incontinence florale» [4] de son second gérant de temple


Sanmaur, vers 1950. L'église, le dispensaire, deux duplex.

Guy Beaupré et Jean Cantin (en blanc), dans le parc adjacent aux logis des cols blancs de la Brown de Sanmaur. La photo permet de situer l’église et l’école par rapport au dispensaire et aux duplex habités par les Dubé, Carrier, Ricard et Bouchard. La cabanon noir, devant le duplex de droite abritait une borne-fontaine et des boyaux.

À noter les dangereuses balançoires, conçues pour des enfants de deux mètres !

Photo : Maizy Lee Cantin, octobre 1952.

Image d'un reportage de la télé de Radio-Canada, 1956.

Copie aimablement fournie par Jean-Pierre Ricard.

Vue de Sanmaur en août 1960, lors du passage du clan scout Jacques-Buteux, du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. À gauche, la façade du restaurant de Gaston Pothier, installé le long de la voie ferrée. Le campe du restaurateur est à l'extrême droite. On devine le toit du magasin général Thériault, derrière la cabane à l’avant-plan. Tout au fond, l'école: deux salles de classe et le logis des enseignants, à l'étage.

Photo : Pierre Cantin.

La photo de l‘intérieur de l’église, copie des archives de la Plymouth University, affichée sur son site Beyond Brown Paper.



[1] L'ouvrage est accessible en ligne, sur le site NOS RACINES :
http://www.ourroots.ca/beta/toc.aspx?id=2070&qryID=e8277b7b-85e8-4f20-9ddf-6ce6ba979830 .

[2] Une chapelle à Sanmaur, en 1942 ? Curieux ! S’agissait-il plutôt de celle en Wemotaci, en place depuis près d’une quarantaine d’années ?

[3] Micheline Raîche Roy m’aura scoupé sur ce sujet : voir « Les 25 ans de sacerdoce d’Eugène Corbeil célébrés par la communauté protestante de La Tuque», dans l’épisode du 12 avril 2009 de son carnet sur icelui. Elle y reproduit la page en question http://lbiographieeugenecorbeil.blogspot.com/ .

[4] Oh ! que non, cette géniale formulation que j’eus aimé inventer n’est pas le fruit d’une surchauffe de mes neurones : je l’ai malhonnêtement piquée au pharamineux Daniel Pennac, magistral prosateur, adepte de la haute voltige verbale, mais surtout grand humaniste, dont l’univers romanesque remplit mes heures de veille depuis plus d’un mois : sa Fée Carabine et son Benjamin Malaussène me tiennent en otage; toute fuite est impossible.

[5] Les disparus sont sainte Anne, le Sacré-Coeur, sainte Thérèse d'avila et saint François d'Assise. Mes sources ne s'entendent toutefois pas sur l'identité des deux derniers. Ont survécu, à gauche, Notre-Dame-du-Cap, choix logique d'une Marie, puisque les Oblats sont les gardiens du sanctuaire marial du Cap-de-la-Madeleine, maintenant fusionné à Trois-Rivières, Gabriel Lalemant, le patron des lieux, et saint Joseph. Où sont-ils passés , ces quatre-là ? À Wemontaci, sans doute, ou échangés ?

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jeudi 17 septembre 2009


Vestiges visibles de l’ancien Sanmaur :

carburants et tennis

[52]

Il me faudrait bien modifier quelques détails du libellé de mon projet de carnet, car il y a toujours, à Sanmaur, d’autres vestiges que ceux que j’y évoque. Par exemple, le 3 novembre 2007, de passage à cet endroit, j’y ai découvert une structure d’acier et de béton, fort probablement celle qui soutenait un gros réservoir d’essence installé le long de la voie de garage, à la limite est du village, traces plus qu’évidentes des activités laborieuses des gens de la Brown Corporation durant les années 1940 et 1950, et même 1960, si j’en crois Paul Tremblay, qui lui-même, dans sa jeunesse, a fait dans le pétrole jusqu’au début des années 1970, car il livrait de l’essence dans des camps de la C.I.P. pour son père Wilbrod, responsable, pour la région de Sanmaur, de distribuer les produits de l’agence ESSO IMPERIAL dont le concessionnaire à La Tuque était Edmond-Louis Bouchard..

La végétation, particulièrement trembles et aulnes, a repris possession des lieux, enveloppant cette structure vieille de 60 ans. Le territoire a presque repris son aspect sauvage.

Sanmaur, 3 novembre 2007. Photos : Pierre Cantin

La photo qui suit, tirée des archives de la Brown, est de novembre 1949. Elle est prise en direction du nord-est. De gauche à droite, l'office, c'est-à-dire l’édifice abritant la comptabilité et le bureau d’engagement, avec, au sous-sol, une espèce de dortoir pour les bûcherons en transit, (notez les deux portes, à gauche), puis un campe, la coukerie, grande salle à manger au rez-de-chaussée et chambres d’employés à l’étage, ensuite le «staff house», où logeaient certains cols blancs célibataires, et l’enclos réservé aux carburants et le réservoir principal. Au fond, vers la rivière, derrière la coukerie, le garage.

Sur la suivante, prise vers 1948, à partir de la butte jouxtant la gare du Canadien National et au sommet de laquelle avait trôné la résidence du surintendant devenu un immeuble à deux logis – l’élévation fut aplanie l’année suivante –, on aperçoit le réservoir dont je parle et son emplacement, immédiatement à la gauche du long bâtiment de tôle qui logeait le «store», érigé le long de la voie de garage du Canadien National, elle-même parallèle à la voie ferrée principale, voie qui a servi, vers 1915, à déposer, sur la Saint-Maurice, exactement à la base droite du pont routier menant actuellement à Wemotaci, quantité de matériel de la Fraser-Brace, dont des bateaux achetés de Jean-J. Crête, lequel servira à la construction de l’imposant barrage de rétention de La Loutre.

Cette scène, agrandissement d’une carte postale qui a dû faire partie d’un jeu de quatre ou cinq (l’école, l’église, maisons de la Brown… ) mise sur le marché, date de la fin des années 1940, était accrochée à l’un des murs du rez-de-chaussée de l’ancien presbytère quand je l’ai photographiée, en mai 2006. On peut voir, en avant-plan que le tracteur à chenilles, partiellement visible à droite, a entrepris de gruger la butte qui sera complètement aplanie quand ma famille arrivera à Sanmaur, depuis Chaudière.

Cette photo, pas très réussie, car je l’ai prise pendant le visionnement d’une courte vidéo réalisée par la télévision de Radio-Canada, en 1956, et dont Jean-Pierre Ricard m’a remis une copie, montre un groupe de bûcherons débarqués du train de nuit en provenance de La Tuque et attendant de monter à bord de l’autocar de la Canadian International Paper pour être conduits à leur campement. Le véhicule semble avoir conservé ses couleurs de la Brown. Sur la façade de la bâtisse : «Canadian International Paper Co. Sanmaur». Visible, en partie, le côté sud de l’immeuble à cinq logis. Les fenêtres sont celles du salon et de la chambre des maîtres de celui des familles de John Lacasse et d’Émile Cantin.

* * *

Le tennis

À ma visite de mai 2006, j’avais repéré un des poteaux porteurs du filet de tennis, déjà en place en 1948 [1] et j’y avais récupéré, en guise de souvenir, le câble de cuivre qui soutenait l’un des filets, artéfact que j’ai oublié de mentionner auparavant dans mon carnet.

Le carnetier recueillant pieusement le précieux artéfact. Soigneusement mis en place dans le béton, plus d’un demi-siècle plus tôt, le poteau et la poulie ont su résister à l’usure du temps.

Sanmaur, 21 mai 2006. Photo : Jean Cantin.

Le tennis était situé entre la maison du chef de gare et le chemin principal menant à la rivière Manouane, à la hauteur du duplex qui logeait le bureau de poste et la famille d’Alfred Dubé et celle de Bruno Carrier.

Michel Ross s’élançant pour le service sur le jeu de tennis. À l’arrière-plan, le club social, construit vers 1953, à côté de la patinoire.

Photo aimablement fournie par Michel.

La famille de Joseph Ross, qui fut surintendant de la Brown à Windigo et à Sanmaur, habitait le duplex en face de chez nous. Michel et sa sœur faisaient partie du groupe d’enfants qui s’agitaient autour du cinq logis et dans le boisé avoisinant. J’ai en réserve de nombreuses photos de ces séances de jeux.

Michel est devenu pilote et a entrepris sa carrière en effectuant des patrouilles pour le compte de la St. Maurice Forest Protective Association. Sa famille habitait juste en face de l’édifice à cinq logis où créchaient celles d’Alfred Beaupré, de Jean Lacasse, d’Oscar Doré et d’Émile Cantin. Il est resté très attaché à la géographie nordique de son enfance [2] et l’un de ses fils a épousé Eva Ottawa, la première femme amérindienne à devenir grand chef et présidente du Conseil de la nation atikamekw, responsable, donc, de trois réserves : Wemotaci – en face de Sanmaur –, Manawan (Manouane) et Obedjiwan.

La prochaine photo, prise en direction du sud-ouest, permet de voir, à droite, en haut, les hautes clôtures grillagées du jeu de tennis, puis la maison du chef de gare et celle-ci. On devine quelques constructions au sud de la voie ferrée : ce sont des installations de la Canadian International Paper.

Pierre et Robert Cantin et l’une de leur deux voitures à pédales, bleu ciel, cadeaux de l’oncle Donald Lee apportées de Québec. Guère pratiques, cependant, ni très mobiles, dans le mou gravier, car les surfaces de béton ou de bitume s’avéraient rarissimes au dépôt Sanmaur. Ces jouets nous ont cependant procuré des heures et des heures de plaisir.

Photo : Maizy Lee Cantin, automne 1950.

[1]

Guy Hamel, au poste de télégraphie d’EXPORAIL, dont la disposition est identique à celui qui se trouvait dans la gare de Sanmaur en 1948. Saint-Constant, 2009.

Jean-Guy Hamel, le tout premier à m’envoyer de l’information et des photos après avoir lu mon appel à tous dans le cahier des visiteurs des mémoires de Maxime Comtois, un médecin qui a pratiqué à La Tuque. Guy est presque un hyperactif, fameux instructeur de télégraphie, un art qu’il pratiqua à Sanmaur, en 1948, lors d’un séjour de six mois à la gare de ce patelin, et un bénévole infatigable d’EXPORAIL, Le Musée ferroviaire canadien, à Saint-Constant (http://www.exporail.org/public/index.asp). Guy avait 20 ans, en 1948, et il se rappelle avoir donné des leçons de tennis à des gens de la Brown.

[2]

Michel quitte occasionnellement son domicile de Pointe Bleue (Mashteuiatsh) pour retourner dans le Nord y piloter des avions de brousse. C’est d’ailleurs du lac Egenolf, sur la rivière North Seal, à la frontière du Manitoba et du Nunavut qu’il vient de m’envoyer quelques photos, dont celle-ci, prise le 20 juillet dernier.

* * * * *

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