mercredi 5 décembre 2007

DÉPÔT CHAUDIÈRE & FRASER BRACE

DU DÉPÔT CHAUDIÈRE À LA LOUTRE

À grand projet, grands moyens





Le projet de construction d’un barrage à la tête de la Saint-Maurice, au lieu dit La Loutre, en 1914, pouvait être qualifié, à l’époque, d’entreprise colossale, herculéenne. La seule voie d’accès au site était la rivière elle-même. Heureusement pour la Fraser Brace, chargée du projet, la nouvelle ligne de chemin de fer du Transcontinental lui fournissait un moyen d’acheminer son stock jusqu’à la réserve des Attikameks, à Wemotaci.

Un pont y avait été jeté sur la rivière, en aval de la réserve, à un endroit bientôt baptisé Weymont. La ligne, destinée à relier Québec et Winnipeg, avait jusque-là plus ou moins suivi le parcours de la Saint-Maurice. À Wemotaci, la grande voie fluviale oblique résolument vers le nord. On était encore loin de La Loutre : à plus de 130 kilomètres plus au nord. La Baie d’Hudson, qui avait un poste de traite dans la réserve, refusa à la compagnie d’y débarquer son matériel. L’opération se fit donc sur la rive gauche de la rivière, et, à en croire le missionnaire Guinard, ce sera le début de Sanmaur. La Fraser Brace érigea une digue temporaire pour faire monter le niveau de l’eau en amont et le matériel fut transporté, par barges, jusqu’au rapide Chaudière, obstacle majeur, infranchissable pour les embarcations.



Comme je ne suis pas allé consulter la moindre source primaire, je me demande si c’est la Fraser Brace qui a fondé (un bien grand terme) Chaudière ou s’il y avait déjà un campement établi par la Brown Corporation. Chose certaine, l’entreprise de construction y organisa un dépôt et commença l’installation de la ligne de chemin de fer qui allait lui permettre de poursuivre la livraison de ses matériaux jusqu’à La Loutre.

Achetée par la Brown Corporation et démantelée, la ligne a servi de route vers le barrage Gouin. De toute évidence, son démantèlement se sera fait à la fin des années 1930 ou au début de la décennie suivante. Mon oncle, Steven Lee, qui habita avec nous à Chaudière, de l’automne 1947 à la fin de l’été 1948, m’affirme qu’il n’a jamais vu ce tronçon, lui, qui a pourtant occupé plusieurs emplois dans les environs. D’ailleurs, soutiennent certains, on peut encore trouver des vestiges, rails et dormants, qui en rappellent l'existence.



Peut-être trouverai-je dans le petit journal tenu par Jerry McCarthy, qui a travaillé à La Loutre de 1919 à 1957, une date plus précise de ce démantèlement. J’en ai une copie que m’a aimablement envoyée son petit-fils Patrick. Plusieurs photos, datées, montrent des véhicules qui ont emprunté cette voie ferrée : camions et camionnettes, draisines.

Paul Tremblay m’a généreusement fourni plusieurs photos de cette voie ferrée, dont celles qui figurent ici. C’est sans doute dans l’un de ces camps que nous logerons, ma mère, mon frère et moi lors de notre bref séjour à cet endroit. Il y a lieu de penser que les bateaux chargés de stock, sur la photo, sont de ceux utilisés par la Fraser Brace.

Note - Une brève notice consacrée au bureau de poste de La Loutre par un philatéliste donne le contexte du début des travaux de la Fraser Brace. L'auteur réfère aux mémoires de Guinard, déjà cités dans ce carnet. Voir http://www.hdphilatelist.com/LoutreDam.pdf. J’y reviendrai, puisant de nouveau dans les mémoires du missionnaire oblat.

mardi 4 décembre 2007

LE DÉPÔT CHAUDIÈRE : PRISE 3

Quelques-unes de mes retrouvailles sanmauriennes se sont produites dans le cyberespace. Elles m’ont valu d’agréables surprises, d’étonnantes photos, de sympathiques témoignages.
Soudainement, je n’étais plus le seul à vouloir perpétuer la mémoire duvvillage de Sanmaur. Pluseurs de mes correspondants et correspondantes m’ont trouvé, ou je les ai moi-même découverts, sur la page des visiteurs du site des mémoires de Max Comtois (http://books.dreambook.com/gelgen/addbook.sign.html)




Preuve éminemment concrète de l’efficacité des échanges virtuels, cette magnifique photo que vient de m’envoyer Paul Tremblay, petit-fils d’Alfred Dubé, qui fut le maître de poste de mon village mythique, du premier février 1926 au 7 juillet 1955. Ce n’est pas la seule. Parmi les documents iconographiques extraordinaires qu’il m’a refilés, des photos inédites de cette voie ferrée qui partait de Chaudière pour se rendre à La Loutre (le barrage Gouin), installée par la Fraser Brace, et rachetée, semble-t-il par la Brown Corporation.

LE DÉPÔT CHAUDIÈRE : PRISE 2



Un passage dangereux

« Le rapide de la Chaudière », écrit le missionnaire Guinard dans ses mémoires, « offre un beau spectacle. À son début, l’eau de la rivière est limpide et très calme. Dans les cascades elle se brouille et la descente de l’eau se termine par une chute dans un bassin en forme de chaudron où l’eau donne réellement l’impression d’être en train de bouillir. »



Ces trois photos de la Saint-Maurice à cet endroit font partie d’une série de scènes captées par un photographe professionnel de la Brown Corporation, à l’hiver 1949. Elles illustrent bien la furie des eaux à cet endroit.


J'ai sauvé ces photos de la géhenne administrative, à l’été 1965, au moment où mon supérieur immédiat, Alexandre Martel, m'a chargé de faire de la place dans l'entrepôt servant au rangement de centaines de formulaires, dans le sous-sol du main office de l’usine de la C.I.P. de La Tuque.



J’y étais alors le stationary clerk et tout à fait inconscient de la portée du geste sacrilège que je commettais en accomplissant cette tâche.





J'ai ainsi contribué à faire disparaître des dizaines de caisses d’archives de la Brown, rapaillées depuis son établissement à La Tuque, au début du vingtième siècle. Plus de cinquante ans de l’histoire sociale, culturelle, sportive et économique de la ville se sont donc envolés en fumée! Honte à moi!

samedi 1 décembre 2007

CHAUDIÈRE DÉPÔT – LIEU DE RUSTICITÉ







Émile Cantin
, mon père, fut engagé par la Brown Corporation, le 23 mars 1947.


Il avait auparavant travaillé à l’Anglo Canadian Pulp and Paper (l’Anglo-Pulp - les deux photos), à Québec, compagnie fondée en 1927, dont l’usine sera vendue à la Reed Paper International, en 1975, et à la Daishowa, en 1988. Il y fut d’abord mesureur, puis commis de bureau.



Mon père ne parlait guère de son passé, mais je dois avouer que nous ne l’avons pas souvent interrogé à ce sujet. Un jour, pourtant, comme mon frère Robert et moi étions passionnés de hockey, il nous avait confié qu’il avait eu comme collègue de travail, à l’Anglo-Pulp, George « Punch » Imlach, qui deviendra célèbre comme entraîneur des Maple Leafs de Toronto, ennemis séculaires des Bienheureux Glorieux de la Sainte-Flanelle, le Canadien de Montréal, notre équipe favorite qui comptera dans ses rangs, au milieu des années 1950, Maurice Richard, Jacques Plante, Jean Béliveau et Doug Harvey, véritables héros dont nous conservions pieusement les icônes que nous achetions par paquet. Pour cinq sous, nous obtenions quatre cartes de joueurs et une palette de gomme baloune.



ÉMILE CANTIN (à droite) le 27 février 1946

Imlach, qui portait déjà ce surnom de "Punch", jouait pour les As de Québec, une équipe de hockey qui appartenait à l'Anglo-Pulp. Il en était l'entraîneur, en 1947, quand mon père quitta la papetière pour le dépôt Sanmaur, devenu en quelque sorte le chef-lieu de la Brown en Haute-Mauricie.

C’est donc ce nouvel emploi de mon père qui provoquera notre départ de Saint-Romuald-d'Etchemin, près de Lévis. Ma mère, mon frère Robert et moi, nous nous sommes donc «ramassés», à l’automne 1947, dans ce lieu de rusticité extrême qu’était le dépôt Chaudière, situé sur la Saint-Maurice, à 50 km environ, au nord de Sanmaur.



Nous avons donc établi temporairement nos quartiers dans ce camp en bois rond, photographié par ma mère. Nous y demeurerons pendant près d'une année jusqu'au moment de "descendre" à Sanmaur, véritable promotion sociale, pour nous installer dans notre logis ultra moderne.

Merci à Jean-Pierre Lajeunesse d'avoir habilement corrigé cette photo vieille de 60 ans, prise par Maizy Lee, ma mère.

À ma connaissance, il y avait deux autres familles à Chaudière : les Labrecque et les Delisle.

vendredi 30 novembre 2007

SANMAUR et WEMOTACI en 1913

Ma mère, Maizy Lee, à Wemotaci, au printemps 1953. D'habitude sauvage, ma mère, qui se mêlait rarement aux autres résidants de Sanmaur, aimait rencontrer les Amérindiens, qu'elle appelait
Ma mère, Maizy Lee Cantin (1917-2005), à Wemotaci, printemps 1953.
Photo : Léopold Lacasse.

D'habitude sauvage, très peu portée à rechercher la compagnie d'autres gens que ses proches immédiats, Maizy ne fréquentait que deux ou trois femmes de Sanmaur : madame Albert Lesage, Mariette Bertrand-Beaupré et l'épouse de Gaston Pothier, le restaurateur de l'endroit. Chose surprenant, elle avait de l'empathie pour les Amérindiens, qu'elle appelait "kawiches", sans véritablement connaître la connotation péjorative du terme.

WEMOTACI, 1953. Ma mère, Maizy Lee, et mon père, Émile Cantin. Nous sommes souvent allés  de l'autre côté de la rivière, face à Sanmaur, à la réserve. Curieusement, ma mère parlait de Manouane. À la gauche de ma mère, l'institutrice de la réserve. Photo de Léopold Lacasse.
WEMOTACI, 1953. Ma mère, Maizy Lee, et mon père, Émile Cantin.
Photo: Léopold Lacasse



Nous sommes souvent allés de l'autre côté de la rivière, face à Sanmaur, à la réserve. Curieusement, ma mère parlait de Manouane. À la gauche de ma mère, Blanche Savard, l'institutrice de la réserve.

Cette photo de Corbeil et de Guinard m'a été fournie par Micheline Raîche Roy. A-t-elle été prise à la réserve Manawan (Manouane) ou à Wemotaci ? Elle doit dater de 1920.
Cette photo d'Eugène Corbeil et de Joseph-Étienne Guinard m'a été aimablement prêtée par une amie de Saint-Élie-de-Caxton, originaire de La Tuque, Micheline Raîche Roy. A-t-elle été prise à la réserve Manawan (Manouane) ou à Wemotaci ? Elle doit dater de 1920 environ.
[En examinant d'autres photos de ce temple, il y a lieu de croire que c'est plutôt la chapelle d'Obidjuan. (PC - 12 avril 2008)]

Quelques excursionnistes, devant le presbytère de La Tuque. Photo tirée du livre de Joyal. On est loin du compte des 85 voyageurs, tel que précisé dans le texte.
Quelques excursionnistes, devant le presbytère de La Tuque. Photo tirée du livre de Joyal. On est loin du compte des 85 voyageurs ecclésiastiques, tel que précisé dans le texte.

Page de couverture des mémoires de Guinard, édition de Serge Bouchard. Latulippe, Corbeil et sans doute Joyal.
Illustration partielle de la page de couverture des mémoires de Guinard, édition de Serge Bouchard (1980). Guinard et Corbeil, bons larrons, à la droite de l'évêque Latulippe.

Énigmatique photo : quelles sont les raisons qui motivent cette "exclusivité" de poser seuls avec le patron? Où sont les autres ecclésiastiques qui accompagnaient le pourpre ceinturon dans son périple haut-mauricien, en 1913?


Portrait de Corbeil, vers 1913, extrait de l'opuscule de Joyal.
Portrait d'Eugène Corbeil, curé de La Tuque, vers 1913,
extrait de l'opuscule de Joyal.


Visite du prélat Latulippe à Wemotaci, en juillet 1913.
Visite du prélat Latulippe à Wemotaci, en juillet 1913.



Jugement de l'oblat Guéguen, tiré de l'ouvrage de Joyal.
Jugement de l'oblat français Jean-Pierre Guéguen sur le Tête-de-Boule, ou " Quand le missionnaire se fait anthopologue et sombre dans la turpitude!". Tiré de l'ouvrage de Joyal.



Plus de la moitié de l'essai de Joyal se compose d'une étude sur les Attikameks. Un simple prêtre, diplômé en théologie,  qui se prenait pour un ethnologue, un anthropologue, voire un psychologue.
Plus de la moitié de l'essai de Joyal se compose d'une étude sur les Attikameks. Simple prêtre, petit bachelier "diplômé" en théologie, l'essayiste est le prototype même de ces curés qui savaient tout, avaient réponse à tout et pensaient pour le bon peuple. Facile, à l'époque de jouer à l'ethnologue, à l'anthropologue, voire au psychologue patenté.

Wemotaci, juillet 1913. Les excursionnistes sur la Saint-Maurice.
Wemotaci, juillet 1913. Les excursionnistes sur la Saint-Maurice,
à la hauteur de ce qui deviendra Sanmaur.

Y apercevez-vous vraiment 85 ecclésiastiques ou y distingueriez-vous plutôt de nombreux Têtes-de-Boule déguisés en clergymen?

Page de titre de l'ouvrage de Joyal. 1915
Page de titre de l'ouvrage de Joyal. 1915

WEMOTACI - La chapelle, sans doute vers 1925.

Vue de la réserve amérindienne de Wemotaci, juillet 1913, lors de la visite de Latulippe.
Vue de la réserve amérindienne de Wemotaci, juillet 1913, lors de la visite d'Élie Latulippe, vicaire apostolique du Témiscamingue.


Étienne Guinard, missionnaire oblat, vers 1890.
Étienne Guinard, missionnaire oblat, vers 1890.


Les «sources primaires», voilà ce sur quoi devrait reposer toute recherche historique sérieuse, nous répétait Jacques Lacoursière, cet extraordinaire vulgarisateur, un des profs de ma seconde classe de Rhétorique, au Séminaire Saint-Joseph, à Trois-Rivières, mon Alma Mater, mieux connu sous le sigle «STR», en 1962-1963. L’année précédente, à ma première Rhétorique, que j’avais échouée par quelques points, j’avais eu comme prof d’histoire Louis Martel, qui deviendra le préfet des études, qui nous lisait son manuel, plutôt drabe**, publié avec son frère en religion, Hermann Plante, qui, lui, nous enseignait l’éloquence. «Redoubler» mon année, comme on disait à l’époque, aura eu ses avantages : les cours de Lacoursière. Mieux, celui-ci nous amenait aux archives du Séminaire, question d’y faire des recherches destinées à la rédaction d’un journal innovateur, Boréal Express, qu’il lança, si je me souviens bien, avec Denis Vaugeois, autre historien trifluvien de haut calibre.

Lesdites archives recelaient un précieux manuscrit, fort utile pour connaître les débuts des activités des Blancs à Sanmaur : celui des mémoires du missionnaire Étienne Guinard, édités et publiés, quelque quinze ans plus tard, par un autre magnifique vulgarisateur et communicateur, l’anthropologue Serge Bouchard, sous le titre Mémoires d’un simple missionnaire, le père Joseph-Étienne Guinard, o.m.i. (Québec, Ministère des Affaires culturelles, collection «Civilisation du Québec», 1980).

Sur la page de couverture, une belle photo de groupe, prise à Wemotaci, en 1913, à l’occasion de la visite épiscopale, chez les Têtes-de-Boule, d’Élie-Anicet Latulippe (1859-1922), le vicaire apostolique du Témiscamingue, qui sera le premier évêque de Haileybury. Ce territoire d’évangélisation était sous sa juridiction.

Bien sûr, la photo montre Latulippe, entourés d’Amérindiens de la réserve, mais le personnage lié à la rédaction de mon carnet qui y figure, c’est le gargantuesque curé fondateur de La Tuque, Eugène Corbeil, posant à la droite du prélat. C’est lui l’instigateur de ce qui aura été le premier voyage organisé dans ce coin du pays québécois! L’agent de voyage improvisé, aidé de son confrère de Saint-Thècle, Maxime Masson, a réussi à amener à Wemotaci près d’une cinquantaine de ses collègues pour accompagner Latulippe. À sa droite, un autre membre du clergé, également digne d’intérêt : un oblat, peut-être Arthur Joyal (1883-1962), qui rapportera de cette expédition la matière d’un petit livre, Excursion sacerdotale chez les Têtes-de-Boule. Je ne saurais en être sûr : il faudrait comparer son faciès à celui qui est sur la photo de groupe, prise à La Tuque; il se trouve, de nouveau, à la droite de Corbeil. À la gauche de ce dernier, son frère Sylvio, principal de l'École normale de Hull.

C’est une amie, Micheline Raîche Roy, originaire de La Tuque, arrivée en ce bas monde par les bons soins de Max Comtois, un médecin en voie de devenir célèbre par ses mémoires mis en ligne, il y a quelques années. La page des visiteurs de ce très beau site s’avère une excellente courroie de transmission d’adresses de courriels d’anciens résidants des pays d’en-haut (http://drcomtois.situs.qc.ca/intro.html), qui m’a fait cadeau de l’opuscule de Joyal.

C'est d'ailleurs grâce à cette page de commentaires que Micheline et moi avons fait connaissance. L’enchevêtrement des événements ne s’arrête pas là. Autre lien avec mon propos : Micheline a en sa possession une collection de cartes postales et d’écrits de Corbeil, reçue de sa tante, Éliane Bergeron, qui fut la secrétaire du curé fondateur de La Tuque. Documentation importante pour connaître notre agent de voyage, personnage capital de la vie sociale et politique de la reine de la Haute-Mauricie, titre quelque peu contestable, car la ville est située … en Moyenne-Mauricie. Sans doute ne faudrait-il parler de Haute-Mauricie qu'à partir de Rapide-Blanc!

Long préambule pour en arriver à ce bref passage de Joyal, lequel fait le pont avec mes pages précédentes sur l’origine du toponyme de Sanmaur: «Vers midi, écrit-il, nous descendons à la gare Manawan où nous attend toute une équipe de sauvages…» Remarquez l'absence de préposition. Où était situé ce bâtiment? Sur la rive droite de la Saint-Maurice? Sur la gauche? La voie ferrée du Transcontinental vient à peine d'arriver en ces lieux. Y avait-il déjà une gare à Weymont, sur la rive droite ?

Au bas de la page 9 de son petit livre, Joyal a placé cette note: " Manawan signifie 'rivière aux oeufs'; Kikendatch, 'anse au gros Cyprès', et Wémontashing, 'lieu d'où l'on voit beau et loin'. Ce dernier nom a subi toute une série de modifications dont la moins heureuse est Weymont!". J'ai respecté la graphie et la ponctuation de l'auteur. On parle encore aujourd'hui du pont ferroviaire de Weymont, seul lien, jusqu'à 1995, entre les deux rives, à la hauteur de Wemotaci, emprunté par les piétons et les motoneiges. J'y reviendrai.

Ainsi donc le nom de SANMAUR n’existe pas encore en 1913. Me faudra-t-il donc me rendre à l’évidence? Tout simplement accepter, faute de temps pour remonter à des sources primaires pour me renseigner davantage, l’explication fournie par «TOPOS SUR LE WEB – Noms et lieux du Québec» : le toponyme pourrait bien être, en effet, la contraction de «Saint-Maurice»! J’aimerais bien mettre la patte sur les archives de la Fraser-Brace dont les grands travaux de construction sont répartis un peu partout au Québec et en Ontario.


Notes – Luc Gauvreau, l’architecte et maître d’oeuvre d’un splendide site consacré à l’écrivain mauricien Jacques Ferron (1921-1985), http://www.ecrivain.net/ferron/, m’a montré comment greffer des légendes à mes illustrations. Voilà qui me permettra d’allonger mon propos, comme si ce n’était pas déjà fait! Sans compter que trois anciens Sanmauriens m’ont fait parvenir un grand nombre de photos, de quoi alimenter mon carnet pour les mois à venir. Faites glisser le curseur sur la photo pour en lire la légende.
Le lien avec Ferron? C’est de la Brown Corporation que notre écrivain national achètera sa première maison, en 1946, à Rivière-Madeleine, où il pratiquait la médecine. La compagnie y avait fait construire une centrale hydro-électrique sur la Madeleine. C’est ainsi que le village sera le premier, en Gaspésie, à accéder à cette commodité citadine. La Brown avait également aménagé une voie ferrée qui servait au transport du bois de pulpe au fleuve. Elle partait de la chute dite du « Grand Saut », sur la rivière. Il en reste des vestiges.

Parus d’abord dans les Annales du Très-Saint-Rosaire, de mars 1914 à janvier 1915, les propos de Joyal deviennent un livre en 1915. Il était le directeur de ce périodique. Son ouvrage contient une mine de renseignements sur l’histoire de Wemotaci et des Amérindiens de la région.

Devenu quasi introuvable, on peut cependant consulter l’ouvrage de Bouchard en ligne à cette adresse : http://www.ourroots.ca/. Beaucoup d’autres ouvrages, bien indexés, s'y trouvent. Ils fournissent des renseignements parfois inédits sur Sanmaur et la Haute-Mauricie. Coïncidence : c’est à la suggestion d’Hermann Plante que l’anthropologue entreprendra l’édition des mémoires de Guinard. Plante est l’auteur, entre autres ouvrages, d’une étude fort bien documentée : Saint-Justin, foyer de sérénité rurale, accessible sur ce le même site.

Sur les belles réalisations du Shawiniganais Lacoursière, enfin récompensé, voir cette page Internet : http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/desclaureat.asp?noLaureat=358.

** Je suis bien sévère à son endroit. Comme la plupart de mes autres profs au STR, c'était un être cultivé, intéressant. La tactique de l’abbé historien était bien légitime : je ferai de même, une vingtaine d'années plus tard, avec mes cégépiens et mes cégépiennes. Ils durent acheter les œuvres de Jacques Ferron dont j’avais dirigé l’édition : L’amélanchier, Le Saint-Élias, La conférence inachevée, entre autres ouvrages publiés par Jacques Lanctôt! Bref, prêcher pour sa propre paroisse, favoriser l’augmentation du produit intérieur brut!

dimanche 25 novembre 2007

SANMAUR – LE TOPONYME (ter)

Sanmaur - L'école, le presbytère, l'église, le magasin Thériault, fin d'apràs-midi d'hiver, vers 1953. Photo aimablement retouchée par Paul-Émile Larivière








SANMAUR – LE TOPONYME (ter)

J’ai fouillé vaguement dans ma collection de dictionnaires et j’y ai trouvé deux occurrences du toponyme SANMAUR. Les notices sont de Jean-Jacques Lefebvre (1905-1992), que la préface du Dictionnaire Larousse complet, édition canadienne de 1954, présente comme « lexicologue », « archiviste au Palais de Justice de Montréal, vice-président de la Société historique et de la Société archéologique de Montréal, auteur de nombreuses études d’histoire ». L’entrée sur SANMAUR renvoie curieusement à Saint-Hippolyte-de-La-Croche, où le lecteur n’y apprend pas grand-chose de plus.

Petit aparté - Dans les années 1950, le curé Rainville, de La Croche, petit village sis à une vingtaine de kilomètres au nord de La Tuque, recevait fréquemment la visite de son collègue de Sanmaur, Léopold Lacasse, une énergique organisateur de paroisses, une espèce de curé Corbeil, mais faisant dans le lobbying intensif auprès des multinationales! Il fallait voir le luxe des décorations de son église, la paroisse Saint-Gabriel-Lalemant, nom de ce jésuite que les méchants Iroquois ont occis en 1649, un siècle, à trois années près, avant son camarade de soutane Jacques Buteux. J’ai hérité d’une centaine de photos de Lacasse, un excellent photographe. Je reviendrai sur le personnage qui fit trois quatre voyages avec mes parents dans ces mêmes années.

Les deux notices de Lefebvre seront intégralement reprises dans des éditions subséquentes du Larousse et dans le Dictionnaire Beauchemin canadien, édition de 1968 : Sanmaur y trouvera une certaine pérennité.

PHOTOS – Une vue de la partie de Sanmaur, occupée par les propagandistes du catholicisme romain et québécois alors à son apogée, prise en fin d’après, montre l’école, le presbytère et l’église, et, au centre, à l'arrière-plan, les « maisons neuves » des cols blancs de la Brown Corporation, puis ce que je crois être le magasin Thériault. La photo ne rend toutefois pas justice au talent de Lacasse…

La grotte mariale, tout près de l’école, me rappelle Jean-Pierre Ricard, qui a habité Sanmaur un peu plus longtemps que moi, fut érigée en 1950, par le frère Auger. Quelqu’un saurait-il me donner le prénom de cet être doux, timide? Un type effacé et, comme tous ceux de son rang au sein d’une communauté religieuse, entièrement dévoué au service du prêtre, le manitou [manie tout !] de la paroisse.

Photos : Léopold Lacasse

SANMAUR – LE TOPONYME (bis)



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SANMAUR - LE TOPONYME (bis)

Mes recherches sur les origines du nom SANMAUR demeurent pour l’instant bien fragmentaires.

Dans son premier roman, intitulé SANMAUR, l’auteure, Normande Élie, native de La Tuque, affirme que le toponyme serait d’origine amérindienne. Il ne figure toutefois pas dans la nomenclature de l’ouvrage, assez bien documenté et fouillé, de l’oblat Joseph-Étienne Guinard, LES NOMS INDIENS DE MON PAYS. LEUR SIGNIFICATION. LEUR HISTOIRE (Montréal, Rayonnement, [1960], 198 pages). L’article consacré à WEMOTACI (Weymontachique et Wemontaching) livre quelques détails sur cette réserve habitée par ceux et celles qu’on a longtemps appelés « Têtes-de-Boule ». Guinard y rappelle que le jésuite Jacques Buteux avait été le premier missionnaire, en 1651, à se rendre à ce lieu dont l’histoire, à partir du vingtième siècle, sera liée à celle de Sanmaur.

NOTE
"L'Institut linguistique Atikamekw-Wasihakan du Conseil de la nation Atikamekw a rejeté au début des années 1970 le nom français Tête-de-Boule (du nom d'un poisson, cyprinidé : Pimephales promelas) pour prendre comme nom de peuple l'équivalent endogène de ce nom, celui d'Atikamekw (poisson blanc) ainsi orthographié. Cette forme est le plus souvent utilisée dans les textes administratifs en français et en anglais.
De son côté, conformément au principe de l'intégration phonétique, graphique et grammaticale des formes étrangères empruntées en français, l'Office québécois de la langue française privilégie la forme francisée Attikamek en évitant la finale kw, inusitée en français. […]
La forme francisée Atticamègue (ou Attikamègue), plus rarement attestée aujourd'hui, demeure une forme historique utile mais ne peut être privilégiée puisqu'elle pourrait désigner, selon certains spécialistes, un autre groupe amérindien que celui des Attikameks."

(Extrait de l’article « du Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française : http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp)


Outre-Outaouais, TERMIUM préconise l'usage des termes "Atikamek", en français, et "Attikamek" en anglais !


PHOTOS - Reproduction de la page de couverture du roman de Normande Élie, paru en 1975, à Montréal, aux éditions de Lagrave, dans la collection « Tendresse ». L’ouvrage évoque brièvement le village, l’intrigue se situant surtout au barrage C, sur la rivière Manouane, à La Tuque et à Trois-Rivières.

Le graphisme de la page de couverture du roman est de Normand Lefebvre.

Le barrage C, photographié les 3 et 4 novembre 2007. Les deux maisons évoquées par Normande Élie dans son récit sont toujours là, bellement rénovées par Hydro-Québec. Le barrage C est situé tout près de l’embouchure de la rivière.

Photos de Pierre Cantin