dimanche 20 janvier 2008

DES CANOQUES EN HAUTE-MAURICIE


Propos d’inspiration culinaire d’un petit dimanche matin




Donc, le patron de Jeremiah McCarthy, à La Loutre, s’appelait John H. Carter, un Américain originaire du Maine, qui, en mai 1919, avait remplacé le précédent gérant, S.L. DeCarteret.

Il me faudra vérifier auprès de John, le fils cadet de McCarthy, avec qui j’ai eu une agréable conversation sur ses années passées en Haute-Mauricie, et à qui je me propose de causer plus longuement, quelles étaient les fonctions exactes de Carter au dépôt de la Brown Corporation du barrage Gouin. J’imagine qu’il y avait le titre de surintendant et qu’il devait être bigrement important pour que, de son vivant, un bateau portât son nom. C’est celui qui fut livré par rail à Sanmaur le 26 avril 1928.



La poupe de cette carcasse fluviale, déposée à Sanmaur, qu’on peut distinguer sur cette photo de Juanita Lee, la plus jeune des sœurs de ma mère, serait-elle celle du J.H. Carter ? La scène, quasi champêtre, a sans doute été croquée vers 1949.



Mais avant de revenir à La Loutre, lectrice, lecteur, prenez le temps, malgré le caractère forestier de la langue, de zieuter cet éclairant article, tiré de l’ouvrage lexicologique de Hugh Rawson, Wicked Words, sur un mot que nous avons entendu assez souvent.



Lisez maintenant trois répliques, extraites de la page 414 de la relation de voyage en Laurentie de cet Américain cultivé, à l’esprit ouvert, qu’était L. Morris Longstreth.
Un mot s’en détachera : Canucks…



Messieurs, pas de bavardage à table !


Cet interdiction m’amène à penser que Carter pourrait bien incarner le prototype d’un chargé de mission, "honorable" membre d’une classe supérieure, leader voué à l'encadrement d'êtres inférieurs, ici, en l’occurrence, des bûcherons, par surcroît des Canadiens français, à qui il attribue, indistinctement, le défaut d’être de foutus bavards (garrulous : j’ai dû me précipiter dans mon Collins-Robert** pour en connaître le sens exact), comme si, parmi eux, ne pouvaient se terrer quelques irréductibles taciturnes… Si le qualificatif n'est pas utilisé ici de façon tout à fait méprisante, il demeure tout de même condescendant.

Au sujet du commentaire spontané d’Alice, «Mais ce ne sont pas des femmes!», Simone de Beauvoir n’aurait sûrement pas manqué de souligner qu’il illustrait, de façon tangible, l’aliénation des femmes, qu'il constituait un exemple de l’acceptation de leur supposée condition inférieure. En associant «bavardage» à un discours féminin, c’est en effet dire son insignifiance. Carter percevait, dans de possibles échanges des bûcherons, des «propos de bonnes femmes», activité qui aurait risqué de retarder le retour de ces êtres à la «production» de pitounes. Un bon travailleur ne cause pas : il peine à gagner son sel pour assurer le profit de quelqu’un d’autre. Le sel, d’ailleurs, n’est pas gratuit à la cookerie. La loi de la «compagnie»!***

Diantre et juste ciel!, nous ne sommes pas encore montés à bord de cette galère qui devrait descendre la Saint-Maurice pour nous mener jusqu’à Sanmaur! Peut-être même jusqu’à La Tuque, en passant par Windigo, où séjournèrent pendant quelque temps des Sanmauriens notoires (au sens mélioratif du terme, entendons-nous bien…) qui trouveront place dans de prochains carnets.


** Et la jaquette de mon dictionnaire indique bien l’amerloquitude grammaticale de l’édition bilingue : on y a majusculé à tour de lettres le sous-titre, influence maladive de l’anglais sur le français! Comme notre "francophile" Société Radio-Canada, qui, dans ses émissions supposément consacrées à la chanson francophone, trouve le moyen de glisser des « standards » de la chanson américaine, version « jazz », cela fait plus culturel… Z’avez entendu souvent Vigneault, Desjardins, Ferré, Forestier, Leyrac à la Cibici, dans le cadre normal d’émissions régulières? Moi, pas ! Sauf certains samedis soirs, quand on fait de la chanson québécoise un objet de curiosité, comme la musique créole ou louisianaise ou tombouctienne...

*** « Anglais, Français, Allemands et Portugais », écrit Louis Hamelin, dans sa chronique ‘Littérature’ (Le Devoir, 19 et 20 janvier 2008, p. F4), « ont dépecé l’Afrique avec les meilleures intentions du monde. La supériorité de la civilisation blanche allait de soi, donc l’imposer à l’indigène était une forme subtile d’altruisme dont cette bienveillante domination se dédommagera en pillant les richesses locales. »

Ches les Amérindiens, l'oblat a précédé le papetier, mais suivait le traiteur de poils... Eh ! carnetier, tout n'est pas noir et blanc... Nuance ton propos; lâche du lest; desserre les dents!

NOTES
J’ai commis une petite annotation sur canoque, la francisation est de l’Admirable Docteur Jacques Ferron (majuscules volontairement respectueuses). On peut l’aller lire sur le somptueux site que consacre Luc Gauvreau à l’écrivain national: http://www.ecrivain.net/ferron/. La note sur canoque est greffée au premier épisode d’un feuilleton politico-sociologique de Ferron, « Le Salut de l’Irlande », paru d’abord en 1966 et en 1967, feuilleton que Luc et moi sommes à « éditer » sur la toile.

À propos de ce canoque, Ferron a écrit quelque part – il faudra que Luc, ce missionnaire littéraire (il a parcouru autant de kilomètres dans l’oeuvre du fondateur du Parti Rhinocéros que l’oblat Joseph-Étienne Guinard dans les forêts boréales du Québec) – m’en donne la référence exacte : « Le mot canuck, précise Ferron, témoigne de la proximité de la mer. Il ne s'en est pas éloigné pour remonter vers le Nord et ce fut sans doute au Nouveau-Brunswick qu'il est devenu frog, tout aussi amphibie, mais nettement plus injurieux. »

L’ouvrage de Rawson porte un sous-titre on ne peut plus dix-septième siècle : A treasury of curses, insults, put-downs and other formerly unprintable terms from Anglo-Saxon times to the present (New York, Crown Publishers, Inc., 1989, 435 pages). Une lecture enrichissante, même pour un francophone!

Un emprunt récent du terme, quelques lignes de la belle chanson-hommage de Richard Séguin sur Jack (Ti-Jean) Kerouac :
« Dans ta mémoire,
Y'a des tiroirs
D'amours brisées,
D'canucks fuckés. »

samedi 12 janvier 2008

Un Américain à Sanmaur et à La Loutre en 1921



Ah, l’exotisme, celui qui attire par ici le touriste! Bien avant que les rutilants et modernes autocars bondés de Français, de Belges et de Suisses* ne se stationnent devant les Dollorama de la Mauricie ou que leurs passagers en descendent plus loin pour se ruer allègrement sur les sentiers de motoneiges d’icelle, nombreux furent les Américains à envahir nos forêts, soit pour les « régénérer » et nous procurer ainsi des djobbes, soit dans le but d’en acheter des parcelles qu’ils réserveraient à leurs propres loisirs. Réserves de pitounes, réserves de gibier…

Quelques-uns y vinrent toutefois simplement pour contempler les mœurs particulières de l’Homo quebecensis, cet « habitant » célébré à la fin du dix-neuvième siècle par le médecin poète Drummond**. Ce qui fut le cas d’un certain T. Morris Longstreth (1886-1975), de passage dans les Laurentides, qui aboutit un beau jour à La Loutre en passant par La Tuque et Sanmaur.



Pour découvrir le passage de ce fellow traveler en Mauricie, il aura fallu qu’atterrisse, dans ma boîte aux courriels, un message laconique des gens d’Ebay, m’annonçant la mise en vente, sur leur site d’enchères, d’un ouvrage sur la Laurentie, vieillotte prose, proposée par son vendeur à un prix ridicule. Et voilà qu’en consultant la présentation dudit bouquin, paru en 1922, je note qu’il comporte un « canto » consacré à …Sanmaur. Ciel!, un poète aurait célébré la gloire de mon village mythique… Mon compte Paypal salivait déjà et ma carte Visa me chauffait la partie gauche de mon postérieur, bien posé sur mon fauteuil de travail, les yeux ouverts au maximum sur l’écran de mon portable : il me fallait mettre le grappin sur cette chose poussiéreuse à tout prix.

Heureusement pour moi, je fus le seul « enchérisseur », comme ils disent sur Ebay France: j’emportai, haut les menottes, cet exemplaire sauvée d’une bibliothèque pour esprits belliqueux, sans doute ambulante, un livre, pas tellement rare, qui avait fait probablement beaucoup de chemin sans qu’on en ait lu, me semble-t-il, une seule page : la carte de prêt, intacte, au recto de la quatrième de couverture, était demeurée vierge. Les GI des « Headquarters – 4th Corps Area – U.S. Army », où avait été « stationné » [anglicisme de bon aloi dans le présent contexte] le précieux écrit, n’avaient vraisemblablement pas eu le temps de s’intéresser aux Laurentiens!

Le livre, THE LAURENTIANS, ne manque d'intérêt : il traite de plusieurs régions parcourues par son auteur. Il contient même un index, modeste mais utile pour les férus d'histoire régionale. J'en donnerai une meilleure idée plus tard.



Les carnets de Jerry McCarty dans tout cela ? J’y reviendrai très bientôt: le texte de mon vingtième épisode est prêt depuis quinze jours, mais je n’ai pas terminé l’identification des gens montés sur les draisines des photos que je voulais y glisser. Ce sera la matière du prochain épisode.

Celui-ci aura un lien direct avec les propos de l’Américain Longstreth : un certain J. H. Carter, le boss de La Loutre. En ce centième anniversaire de la naissance d’une grande dame, Simone de Beauvoir, j’en profiterai pour commettre un paragraphe socialisto-marxisant impliquant Carter, Américain lui itou!

La liaison, le rapprochement se feront sur le thème du Canuck, pas l’équipe de hockey, ni le paletot d’hiver, l’anorak chic, lors même qu’il y aurait un beau parallèle à tracer entre l’utilisation de ce sobriquet à connotation nettement péjorative et celui d’habitant, car même les anglophones de la naguère métropole canadienne sont toujours persuadés que le « H » doublement encerclé de "C" de l’écusson des Bienheureux Glorieux de la Sainte-Flanelle montréalaise signifie « Habitants ». "Go, Habs, Go", de reprendre les Céeffes de la belle enceinte sportive... J’imagine, comme le chante si admirablement Sylvain Lelièvre, qu’on est toujours l’habitant de quelqu’un, à défaut d’être son Iroquois. Mais j’anticipe…

Et puis, se terrait, dans la relation des voyages de Longstreth, une curieuse graphie, "Montdechingue", bizarroïde transcription, quasi phonétique, oeuvre d'un anglophone qui possédait quelques rudiments de la langue encore en usage dans l'Hexagone, que je voulais tout de même ajouter aux nombreuses autres du toponyme WEMOTACI. À ajouter, donc, au chapitre de mes élucubrations toponymiques, car elle risquerait de sombrer dans l'oubli : WEMOTACI et SHAWINIGAN, même combat lexicographique.

En attendant de revenir au lien routier entre La Loutre et Chaudière puis Sanmaur, voici de quoi avait l'air ce gros camion dont parle fréquemment McCarthy dans ses souvenirs et qui, durant près d’une vingtaine d’années, empruntera le trajet ferroviaire de La Loutre à Chaudière, entreprise parfois périlleuse.



Le vaillant « big truck » de la Brown Corporation, photographié à La Loutre, en 1926.


* Il doit bien s’en trouver quelques-uns de ces ressortissants suisses, à bord de ces beaux véhicules : ceux et celles que j’ai rencontrés dans cette neutre contrée n’avaient point de cesse qu’ils n’obtiennent de moi l’aveu sincère que j’habitais le plusse meilleur pays du monde, car ils avaient constaté par eux-mêmes ses splendeurs… ou alors se montraient-ils d’une extrême politesse à mon égard.


Portrait de Drummond par Coburn.


** DRUMMOND, William Henry. The Habitant and Other French-Canadian Poems. Illustrations de Frederick Simpson Coburn et introduction en français de Louis Fréchette. New York/Londres : G. P. Putnam's Sons, 1900 [c1897]. 137 p. ill.
Que voilà une belle description bibliographique!

Notes – Perspicace lecteur, vous aurez noté l’apparition, dans l’extrait du livre de Longstreth, du patronyme ROY. Il s’agit bien du même Oscar Roy, celui qui accueillit, deux ans plus tôt, Jeremiah McCarthy descendant du mixte. Second lien avec les mémoires de ce dernier : Roy reçoit l'écrivain et les deux dames qui l'accompagnent à leur arrivée à Sanmaur, à deux heures du matin, par le train de nuit du Canadien National, le C.N.R..

Le couple Beauvais, chargé de la gérance du Wayagamack Fish and Game Club, avait reçu l'Américain au lac Wayagamack, objet, lui aussi, d'un "canto".

Le monde est bien petit : j’ai reçu, de mon ami Richard Scarpino, Latuquois passionné d’histoire sportive, le numéro de téléphone de John McCarthy, le plus jeunes des fils du carnetier. J’ai donc retardé un peu la rédaction des dernières pages que je consacrerai à La Loutre : je vais en jaser avec John.

samedi 5 janvier 2008

JEREMIAH McCARTHY à LA LOUTRE

Gravure d’Henri Beaulac (1914-1994) extraite du recueil de Sylvain (pseudonyme d’un médecin trifluvien, Auguste Panneton, 1888-1966), DANS LE BOIS, Trois-Rivières, Les Éditions trifluviennes, 1940.

En dépit de commentaires parfois laconiques, de données souvent vagues ou incomplètes, de larges trous dans la chronologie, les carnets de Jerry McCarthy, qui couvrent près d’un demi-siècle d’activités en Haute-Mauricie, s’avèrent une source riche en renseignements de première main sur les conditions de travail, dans cette région, d’une catégorie de travailleurs qui n’aura guère fait l’objet d’études de la part des historiens et des sociologues, du moins à ma connaissance : celle de gens de métiers les plus divers et de manuels chargés d’assurer l’établissement et l’entretien des installations de compagnies et d’organisations impliquées dans l’exploitation des forêts laurentiennes : la Commission des eaux courantes du Québec, la Shawinigan Water and Power, la St. Maurice Forest Protective Association, mais spécialement la Brown Corporation, sans compter les opérations de la compagnie de chemin de fer du Canadien National.

Les détails fournis par McCarthy illustrent bien les difficiles conditions de travail de ces hommes, obligés à constamment se déplacer, souvent dans des conditions fort difficiles, pour accomplir leurs tâches. C’étaient des gens d’une énergie, d’un sens des responsabilités et d’un dévouement peu communs, des esprits inventifs absolument essentiels à la marche du monde forestier.

Jeremiah McCarthy, en 1934, à La Loutre. Photo gracieusement fournie par Patrick McCarthy.
Ce sont principalement des précisions sur Sanmaur que je cherchais dans ces notes. Bien sûr, j’en aurai déniché quelques-unes, mais j’y ai surtout découvert un être très attachant, une force de la nature. J’ai été surpris de constater que, malgré la rigueur du climat, des conditions de travail, des problèmes de santé qu’il avait pu affronter, jamais, dans ses écrits, cet honnête homme ne s’était de son sort. Il ne manifestera de la colère qu’en une seule occasion, et c’est bien parce que le problème touche sa progéniture. Le jour où ses deux fils manqueront le train – ils devaient retourner à l’école, dans un pensionnat – il impute ce retard à un certain crétin (euphémisme) qui aura négligé de dépêcher un véhicule à La Loutre pour assurer leur transport à la gare de Sanmaur. Une autre fois, il évoquera les conditions de vie des gens des dépôts qui se sont détériorées depuis la vente des actifs de la Brown Corporation à la Canadian International Paper, en novembre 1954. Il ne fut sans doute pas le seul à déplorer cet état de fait, car mon père avait coutume de dire que la C.I.P. ne traitait pas aussi bien « ses hommes » que la Brown!

Muté à la Division forestière, la Woodlands, à La Tuque, en 1958, McCarthy continuera ses périples sur les « limites » pour y vaquer à quelques besognes. Il regrettera la vie dans son village d’adoption. Un soir de Noël, dans sa maison de la rue Saint-Antoine, dans la petite ville de la Moyenne-Mauricie, il se plaint du manque d’atmosphère festive : on est loin, écrit-il, de l’heureuse période des Fêtes célébrée dans le très nordique bled de La Loutre !

samedi 8 décembre 2007

De SANMAUR au BARRAGE GOUIN - MARS 1919

Le mercredi 5 mars 1919, à 15 h 30, Jerry McCarthy, descend du «mixed train» à Sanmaur. Le petit convoi avait quitté la gare de La Tuque, à 7 h 30. Il est accueilli par Oscar Roy, le surintendant de ce dépôt de la Brown Corporation, qui l’hébergera pour la nuit.

Portrait de Jeremiah McCarthy, 1927, aimablement fourni par son petit-fils, Patrick McCarthy, et qu'a retouché Jean-Pierre Lajeunnesse, que je remercie ici.
À pied de Sanmaur à La Loutre
Voilà en substance la première entrée d’un carnet de bord que McCarthy tiendra jusqu’à son décès à La Tuque, en 1969. Ce que je possède est une transcription ultérieure, fort probablement de 1963, sur des feuilles de reliure à anneaux, de ses commentaires quasi quotidiens. Sa relation est une source précieuse de renseignements pour l’histoire du barrage Gouin et celle des Hauts-Mauriciens. On y trouve quantité de noms, de toponymes, d’anecdotes et de photos.

Jeremiah McCarthy, donc, doit se rendre à La Loutre, au nouveau barrage Gouin, où il a trouvé un emploi comme électricien. Ce sera une longue marche de trois jours, qu’il entreprend le lendemain. La dernière étape du voyage, de Chaudière à La Loutre, écrit-il, se fera sur la « old R. R. track from Chaudière ». L’expression nous laisse quelque peu perplexe : la voie ferrée est-elle déjà abandonnée, à peine deux ans après l’inauguration du barrage? Ou simplement pas dégagée durant l’hiver?
Au début de septembre 1919, de retour d'une quinzaine de jours de vacances, McCarthy remontera la Saint-Maurice en canot et dans une embarcation motorisée jusqu'à Chaudière. De là, il se rendra à La Loutre sur un wagon plat. Nous avons notre réponse : la ligne subsiste et on y circule.

Extrait tiré du journal de Jeremiah McCarthy. Aimablement fourni par Patrick McCarthy

Photo extraite du site du Musée McCord, à Montréal. Vers 1930 - Commission des eaux courantes, Québec

On distingue clairement, au pied du barrage, sur cette photo de la Commission des eaux courantes du Québec, qui date probablement de la fin des années 1920, la locomotive et les trois wagons qui ont servi, à partir du dépôt Chaudière, au transport du matériel pour la construction du gigantesque ouvrage d’emmagasinement des eaux à la source de la Saint-Maurice.

Photo aimablement fournie par Paul Tremblay, dont le grand-père, Alfred Dubé, fut maître de poste à Sanmaur. Ici, c'est sans doute l'accès à la rivière Saint-Maurice, à Chaudière.

Par ailleurs, le « journal » de McCarthy contient plusieurs photos du début des années 1930 illustrant des véhicules adaptés à la circulation sur rail : camions, fourgonnettes, draisines. Ici, à quai, au dépôt Chaudière, le J. H. Carter, arrivé à Sanmaur sur un wagon plat du Canadien National, le 23 avril 1928, et mis à l'eau grâce au court tronçon qui, à partir de la voie principale, mène à la Saint-Maurice. Le 3 novembre 2007, j'ai repéré l'endroit où se terminait le tronçon : exactement sous le pont menant à Wemotaci. On peut y voir encore des dormants et les deux derniers rails menant à l'eau.

Photo extraite des archives de BAnQ, fournie par Paul Tremblay.

Cette fourgonnette faisait régulièrement, sauf pendant une partie de l'hiver, la navette entre le quai situé en aval du rapide Chaudière (sur la photo qui montre le J. H. Carter) et l’entrepôt de la Brown Corporation, à La Loutre. Jusqu'en 1932, elle apparaît à plusieurs reprises sur des photos de l'album de Jerry McCarthy.



Sauf erreur, c'est Jerry McCarthy qui pose, à La Loutre, sur cette machine qui ferait l'orgueil du musée ferroviaire de Saint-Constant.



Photo (1928) du pont à chevalets enjambant le ruisseau Bennett où les McCarthy iront souvent pêcher et se construiront un chalet.

NOTE - Le "mixed train", c'est le "mixte" des Latuquois et des gens qui habitaient le long de la voie ferrée du Canadien National. Le train, stationné à Fitzpatrick, reculait jusqu'à La Tuque, d'où il partait ensuite vers Parent, au nord-ouest. Il s'arrêtait ici et là pour y déposer marchandises et passagers. À l'époque - et jusqu'au milieu des années 1950 -, à part l'hydravion, c'était la seule façon de se rendre directement à Rapide-Blanc, à Windigo, à Sanmaur, à Cann, à Casey, à Parent. La voie ferrée était bien entretenue en toute saison et les castors n'avaient guère le loisir d'en inonder des tronçons: les gens du Ciennâre veillaient! Mais, comme le mentionne McCarthy dans ses notes, il y aura tout de même quelques glissements de terrain qui causeront des dommages à la voie ferrée et stopperont le trafic des trains.

vendredi 7 décembre 2007

WEMOTACI - SANMAUR - MANAWAN - LA LOUTRE

Internet est vraiment un moyen de communication extraordinaire!

Voici trois courriels que m’a fait parvenir Jean-Yves Allard à la suite de l’inscription d’une photo de mes parents, Maizy Lee et Émile Cantin, posant en compagnie d’une dame, institutrice à Wemotaci, et d’une Amérindienne.
***
Bonjour M. Cantin,

En cherchant des informations sur mes ancêtres, je suis tombé sur votre site. Vous avez habité Sanmaur. Auriez-vous connu mon grand-père Henri Allard? Il a été gardien de barrage à Dam B sur la Manouane et au barrage Gouin. Il a habité Sanmaur dans les années '30, puis fin '40 et '50 avec son épouse Mariette Savard.

Merci beaucoup,

Jean-Yves Allard
Montréal

P.S.

Dans ma famille, on raconte que l'origine du nom Sanmaur est la déformation de Saint-Maurice, non pas parce que les anglophones avaient de la difficulté à le prononcer, mais simplement par leur habitude de raccourcir les noms propres. Une autre conjecture sur le nom!


Bonjour,

Merci beaucoup de m'avoir répondu! Je suis heureux que vous me donniez ces quelques bribes d'histoire de Sanmaur. J'étais bébé lorsque mon grand-père est décédé et je ne connais de ce coin de pays que le peu de souvenirs de mon père. Sur la photo de vos parents accompagnés d'une indienne, il est fait mention de l'institutrice. Je jurerais qu'il s'agit d'une des soeurs de ma grand-mère, Blanche Savard. Cette dernière a passé beaucoup de temps sur cette réserve. Est-ce bien elle?

Merci encore, et j'aimerais bien que vous me teniez au courant de vos travaux sur l'histoire du coin.

Jean-Yves


Bonjour Pierre,

Voici une photo de la tante en question (sur la gauche). Je trouve la ressemblance frappante! Cette photo date des années 40. En avant, on y voit Blanche Savard, Mariette Savard et son mari Henri Allard. En arrière, les parents Élisabeth Villeneuve et Wilfrid Savard.

Jean-Yves

J’examine la photo de Jean-Yves et je place, côte-à-côte, sur l’écran, les deux photos : aucune erreur possible. Ici, autour de mon ordinateur, tout le monde est d’accord: il s’agit bel et bien de la même personne. Cette dame est la grand-tante de Jean-Yves, Blanche Savard.

Le hasard ne s’arrête toutefois pas là : Paul Tremblay, qui, depuis quelques années m’expédie généreusement des photos inédites et diablement intéressantes pour mon projet de carnet sur Sanmaur et les environs , découvre que Jean-Yves est de sa parenté. Le monde se rapetisse. Je reparlerai de Paul : ses liens avec le petit village et autres lieux de la Haute-Mauricie sont très divers.

Les lecteurs du carnet pourront juger par eux-mêmes de l’exactitude de notre conclusion. Voici la photo envoyée par Jean-Yves. Le décor y est bien celui de la Haute-Mauricie.



NOTE – Paul me signale que le prénom du petit frère Auger, cet humble et timide oblat, habile artisan, créateur de l’imposante grotte qui affronte toujours les rigueurs du climat mauricien à Sanmaur, est Conrad. Oui, ça me revient.

mercredi 5 décembre 2007

DÉPÔT CHAUDIÈRE & FRASER BRACE

DU DÉPÔT CHAUDIÈRE À LA LOUTRE

À grand projet, grands moyens





Le projet de construction d’un barrage à la tête de la Saint-Maurice, au lieu dit La Loutre, en 1914, pouvait être qualifié, à l’époque, d’entreprise colossale, herculéenne. La seule voie d’accès au site était la rivière elle-même. Heureusement pour la Fraser Brace, chargée du projet, la nouvelle ligne de chemin de fer du Transcontinental lui fournissait un moyen d’acheminer son stock jusqu’à la réserve des Attikameks, à Wemotaci.

Un pont y avait été jeté sur la rivière, en aval de la réserve, à un endroit bientôt baptisé Weymont. La ligne, destinée à relier Québec et Winnipeg, avait jusque-là plus ou moins suivi le parcours de la Saint-Maurice. À Wemotaci, la grande voie fluviale oblique résolument vers le nord. On était encore loin de La Loutre : à plus de 130 kilomètres plus au nord. La Baie d’Hudson, qui avait un poste de traite dans la réserve, refusa à la compagnie d’y débarquer son matériel. L’opération se fit donc sur la rive gauche de la rivière, et, à en croire le missionnaire Guinard, ce sera le début de Sanmaur. La Fraser Brace érigea une digue temporaire pour faire monter le niveau de l’eau en amont et le matériel fut transporté, par barges, jusqu’au rapide Chaudière, obstacle majeur, infranchissable pour les embarcations.



Comme je ne suis pas allé consulter la moindre source primaire, je me demande si c’est la Fraser Brace qui a fondé (un bien grand terme) Chaudière ou s’il y avait déjà un campement établi par la Brown Corporation. Chose certaine, l’entreprise de construction y organisa un dépôt et commença l’installation de la ligne de chemin de fer qui allait lui permettre de poursuivre la livraison de ses matériaux jusqu’à La Loutre.

Achetée par la Brown Corporation et démantelée, la ligne a servi de route vers le barrage Gouin. De toute évidence, son démantèlement se sera fait à la fin des années 1930 ou au début de la décennie suivante. Mon oncle, Steven Lee, qui habita avec nous à Chaudière, de l’automne 1947 à la fin de l’été 1948, m’affirme qu’il n’a jamais vu ce tronçon, lui, qui a pourtant occupé plusieurs emplois dans les environs. D’ailleurs, soutiennent certains, on peut encore trouver des vestiges, rails et dormants, qui en rappellent l'existence.



Peut-être trouverai-je dans le petit journal tenu par Jerry McCarthy, qui a travaillé à La Loutre de 1919 à 1957, une date plus précise de ce démantèlement. J’en ai une copie que m’a aimablement envoyée son petit-fils Patrick. Plusieurs photos, datées, montrent des véhicules qui ont emprunté cette voie ferrée : camions et camionnettes, draisines.

Paul Tremblay m’a généreusement fourni plusieurs photos de cette voie ferrée, dont celles qui figurent ici. C’est sans doute dans l’un de ces camps que nous logerons, ma mère, mon frère et moi lors de notre bref séjour à cet endroit. Il y a lieu de penser que les bateaux chargés de stock, sur la photo, sont de ceux utilisés par la Fraser Brace.

Note - Une brève notice consacrée au bureau de poste de La Loutre par un philatéliste donne le contexte du début des travaux de la Fraser Brace. L'auteur réfère aux mémoires de Guinard, déjà cités dans ce carnet. Voir http://www.hdphilatelist.com/LoutreDam.pdf. J’y reviendrai, puisant de nouveau dans les mémoires du missionnaire oblat.

mardi 4 décembre 2007

LE DÉPÔT CHAUDIÈRE : PRISE 3

Quelques-unes de mes retrouvailles sanmauriennes se sont produites dans le cyberespace. Elles m’ont valu d’agréables surprises, d’étonnantes photos, de sympathiques témoignages.
Soudainement, je n’étais plus le seul à vouloir perpétuer la mémoire duvvillage de Sanmaur. Pluseurs de mes correspondants et correspondantes m’ont trouvé, ou je les ai moi-même découverts, sur la page des visiteurs du site des mémoires de Max Comtois (http://books.dreambook.com/gelgen/addbook.sign.html)




Preuve éminemment concrète de l’efficacité des échanges virtuels, cette magnifique photo que vient de m’envoyer Paul Tremblay, petit-fils d’Alfred Dubé, qui fut le maître de poste de mon village mythique, du premier février 1926 au 7 juillet 1955. Ce n’est pas la seule. Parmi les documents iconographiques extraordinaires qu’il m’a refilés, des photos inédites de cette voie ferrée qui partait de Chaudière pour se rendre à La Loutre (le barrage Gouin), installée par la Fraser Brace, et rachetée, semble-t-il par la Brown Corporation.