samedi 12 septembre 2009

Parfois lilliputienne, cette province mauricienne :

de Windigo à Trois-Rivières

en passant par La Tuque


[51]


«Monsieur le cartographe, vous ne m’avez pas compris !

Comment donc, mon Révérend ?

Je voulais les régions de la Province, la Gaspésie,

l’Abitibi, le Saguenay, etc.

Ce ne sont pas des régions, mon Révérend. Vous employez là un

terme français dans un sens qui ne l’est pas. Ce ne

sont pas des régions, ce sont des provinces.

Des provinces dans la Province.

La confusion ne vient pas de celles-là, mon Révérend.»


Jacques Ferron, «Les provinces», Contes du pays incertain, 1963.


Merci à Carolyne Nadeau et à Philip Valois [1], de l’Imprimerie commerciale (La Tuque), qui m’ont permis de reproduire des extraits de L’AMI, deuxième génération. Une fois de plus le pont se fait entre eux époques, entre deux réalités sociogéographiques.


Deux noms, aperçus dans ces pages de la reproduction de la seconde livraison de L’AMI (qui en comptaient quatre), cette petite publication prétendument produite à Windigo, mais conçue, le croirais-je, et imprimée à La Tuque, par Paul Forrest, son éditeur, sous le pseudonyme de B.L.U., originaire des alentours de Trois-Rivières, descendu du Yukon pour fonder ladite imprimerie et, comme ferrailleur, lancer de petits journaux, commentateur davantage préoccupé par le versant politique de sa ville d’adoption – sa descente vers le Sud-Est qui expliquerait la tournure plutôt franglaise de certaines phrases de l’éditorial qu’il consacre aux bienfaits et avantages du bilinguisme dans le «plusse meilleur pays du monde»–, deux noms, dis-je, m’ont d’abord interpellé, pour utiliser un terme à la mode, et m’ont rappelé mes courts stages d’enseignement pratique, à l’époque où j’étais étudiant en pédagogie à l’École Normale Maurice L. Duplessis, rue Laviolette-en-Haut, à Trois-Rivières : les noms de L. J. Bissonnette et d’H. P. Massicotte.


Pas facile d’identifier toutes ces gens sur la photo du haut. Il y a cependant lieu de penser qu’il s’y trouve sûrement des Beaupré, des Doré, des Ricard, qui emménageront à Sanmaur en 1948, quand la Brown Corporation aura terminé la construction des logis qui accueilleront leur famille puisque ce village sera appelé à supplanter Windigo comme dépôt principal de la compagnie en Haute-Mauricie.


L’apprenti prof : d’abord, trois semaines à l’école Jacques-Buteux

Il m’aura fallu «travailler» un peu Henri-Paul McGee, le directeur des stages de l’École, pour qu’il acceptât de me laisser jouer au titulaire par intérim de la classe que madame Lionel Bissonnette, épouse d’un confrère de travail de mon père Émile, à la CIP Woodland’s, me confiait, en mai 1968. Le hic, selon McGee, c’est que cette sympathique classe de septième année, à l’école Jacques-Buteux, se composait uniquement de fillettes.

C’est mon père qui avait parlé à Bissonnette, un ancien de Windigo et de Sanmaur, de ma quête d’une classe de primaire où je pourrais mettre mes acquisitions psychopédagogiques en pratique et celui-ci en avait causé à sa légitime. Comme quoi, les contacts, cela peut rapporter.


Classe de Méthode «C», 1958-1959, Séminaire Saint-Joseph, Trois-Rivières.

Les profs : Tharcisius Lecoq (un Français de l’Hexagone : mathématiques), Paul Provencher (géographie; aussi redoutable préfet de discipline de l’institution), Henri-Paul Massicotte titulaire de la classe (littérature française, latin et grec), Gabriel Tessier (histoire), Georges Lemire (anglais). On aura noté les vestons au bleu de la marine, coupe «double breasted», à écusson du STR, sauf celui de Tit-Jean Béland, de Saint-Paulin, seconde rangée; quant au nœud papillon de Laurent Gélinas, il aura sûrement fait l’objet d’une dispense papale puisqu’il le portera pour les photos subséquentes. Pour ce qui est du costaud, à droite, sans écusson, l’air serein, c’est un nouvel arrivant, probablement viré d’un autre collège, c’est Jean Fleury, de Yamachiche, qui, dans les années 1970, sera un animateur important du monde théâtral de Montréal. Le carnetier est tout souriant, au centre. Malgré l’excellence de très bons professeurs, c’est cette année-là que, petit prétentieux que j’étais, je commençai à verser dans la cancritude certaine…


…puis trois autres à Champagnat

La toute première fois qu’il s’est pointé le faciès dans le cadre de la porte de la classe de Méthode du titulaire Massicotte, en septembre 1958, Georges Lemire (il prononçait son prénom à l’anglaise, «Djorje»), que nous appelions «Take a rest», sûrement un militaire sous des hardes de civil élégant, m’a rappelé, par sa rigidité, ses manières, l’insipide X***, pseudo professeur de gymnastique de mes classes du primaire, sans doute, lui aussi, un ancien instructeur militaire davantage habitué à japper qu’à articuler son mince vocabulaire, plus exactement un vulgaire pion, un être plus près de la débilité pédagogique (on engageait n’importe qui pour ce genre de cours d’éducation physique), un type inepte et inapte (allitération tautologique, oui, je sais…), que je connus à l’École Saint-Zéphirin (il y a d’ailleurs un entrefilet sur une équipe de l’É.S.S.Z. dans cette reproduction de L’AMI), avant mon entrée au collège trifluvien, et que, malheureusement, je retrouverai sur mon chemin dans le cadre de mes trois semaines comme stagiaire à l’école secondaire Champagnat, où l’on m’avait confié la classe de dame Dolorès Beaumont-Thivierge, la 8e année «A».


La deuxième journée de mon stage, voilà que X*** m’arrête dans le corridor et me «demande» de me faire couper les cheveux et de ne plus garer, rue Desbiens, devant l’entrée principale de l’école, le bolide de mon jeune frère, coursier motorisé à la fougue discrète, un Roadrunner chryslérien, tapageur et fringuant. Je lui avais demandé de m’expliquer en quoi le fait de stationner cette voiture devant l’école pouvait avoir, selon son opinion, «une mauvaise influence sur les élèves». Je ne me souviens point de sa réponse…

.

Donc, ce faux sergent-major qui, pour d’obscures raisons, sans doute appuyés par ses incompétents semblables, avait grimpé, un à un, tel un usurier du barreau, les échelons hiérarchiques escaladés d’ordinaire par les cadres scolaires, avait essuyé de ma part un «Non !» catégorique à ses deux commandements déguisés. Étonné par ma réponse, brève mais poliment énoncée, le pauvre hère, qui, en plus d’être lui-même un demeuré, un manieur de bâtonnet plutôt que d’arguments logiques, en était resté à sa perception surie de l’autorité des années 1940, ne m’en avait plus reparlé. On était quand même en 1969, que diable, à l’ère des contestations étudiantes efficaces : en Basse-Mauricie, nous, les normaliens et les normaliennes activistes, nous arrivions à paralyser notre école dite «normale», pompeusement rebaptisée Centre de formation des Maîtres de la Mauricie en moins de deux! Même que le «plus grand quotidien francophone d’Amérique (à l’époque…) déléguait un correspondant pour assister à leurs manifs.

J’aurai l’occasion d’évoquer aussi le comportement d’un autre supposé instituteur, venu lui du monde des militaires, pour enseigner aux Amérindiens de Manouane et aux Blancs de Sanmaur au tout début des années 1950. Il avait, lui itou, sa baguette de sergent instructeur…


Le carnetier, coupe capillaire SQ, s’exprime… sans micro ! La Presse, janvier 1969.


Dans cette 8e année de Champagnat, au demeurant bien tranquille, reflet flagrant de la qualité de ses jeunes bipèdes, ne formaient-ils pas le groupe «A», et non le «E» (pauvre titulaire qui héritait de ces élèves qu’on supposait moins doués…), occupait le pupitre le plus près de la porte un certain Brian A***, que je connaissais bien puisque j’étais l’amoureux de sa soeur aînée. Pourquoi évoquer cette brillante frimousse à lunettes ? C’est que l’article de Bissonnette sur cette rencontre sportive entre hockeyeurs de Windigo et de Rapide-Blanc (voir l’article reproduit plus bas) mentionne deux de ses oncles ! En effet, l’un des gardiens de but, était le frère de sa mère et l’un des entraineurs, le beau-frère de son père ! Branches solides de son arbre généalogique. Univers lilliputien !


Souvenir d’une modeste réception à l’occasion de la visite à Sanmaur de Georges-Léon Pelletier, évêque de Trois-Rivières, homme moins dangereux en chaire que derrière le volant d’une auto. Dans l’ordre habituel, Bill Wolstenholme, l’oblat Léopold Lacasse, curé résident de l’endroit, Pelletier, Gaudias Dubé, Paul Rainville, curé de La Croche et grand ami du ci-devant oblat, et Reginald Viner, dont je reparlerai, car son nom figure à quelques reprises dans The Brown Bulletin. À gauche, le profil fragmenté de ma tante Juanita Lee.

La scène a dû être saisie au club social de Sanmaur, probablement vers 1953 ou 1954. Faste festin : on n’avait pas lésiné sur le ketchup ! Et sans doute avait-on évacué le policier de service de la «police des liqueurs» pour que le vin soit accessible au palais de ces gens ou alors était-il attablé hors de la portée de l’objectif du photographe.


D’autres noms de ce compte-rendu de Bissonnette me sont familiers. D’abord celui d’Albert Ricard, le père de Jean-Pierre, le gripette qui rigole sur la photo de l’école de Sanmaur, prise en 1949, artéfact déjà inclus dans ces pages, qui circule abondamment sur le Ouaibe et dans les colloques d’archivistes et sur lequel je reviendrai. Le second, celui de Gaudias Dubé, originaire, comme mes parents, de Saint-Romuald-d’Etchemin, et qui sera le surintendant de la Brown à Sanmaur. De fait, beaucoup d’employés de la compagnie impliqués dans cette rencontre sportive se retrouveront à Sanmaur, où se fera, en janvier 1947, l’inauguration du spacieux édifice abritant l’administration quasi complète du personnel de la division forestière de la Brown. Un troisième, celui d’Oscar Doré dont la famille habitera le même logis que la mienne à Sanmaur. Et puis, ce William (Bill) Wolstenholme, qui sera le patron de la Woodlands, boulevard Ducharme, à La Tuque.


Je me souviens aussi de Viatime Normandin, alors curé de La Croche, puis de La Bostonnais et de qui certaines soutanes, infatués goupillonneurs, ont pu parler avec mépris. Preuve que, même dans la soutanerie, il y une hiérarchie solidement érigée et qu’on ne s’y épargne pas les petites vacheries. Sur ce sujet, on lira avec ravissement le magnifique roman de Gabrielle Poulin, Cogne la caboche (Outremont, VLB, collection «Courant»; 10, 1990), qui illustre intelligemment ce système de classes au sein des communautés dites religieuses…

J’ai sauté de la poule au baudet (saut provoqué par une pub de l’épicerie ferronnerie d’Émile Beaudet, rue Saint-Antoine, insérée dans l’AMI) dans ce commentaire sur l’article du Grand Bisse (on l’appelait ainsi à la Woodlands) : je poursuis donc et reviens à mon sympathique titulaire de Méthode au Séminaire Saint-Joseph des Bas mauriciens.

Henri-Paul Massicotte


Cet ecclésiastique, qui a célébré la messe de minuit à la Trenche, au «pays des Windigos» (j’aime bien l’expression : mais qui pouvaient bien être ces Windigos mauriciens ? ), le 25 décembre 1946, et dont la photo en pied apparaît à la une de la seconde livraison de L’AMI, m’est encore plus familier. Et voici pourquoi.


Septembre 1958. Rentrée au Séminaire Saint-Joseph. La classe de Méthode «C», troisième année du cours classique. Le titulaire, Henri-Paul Massicotte, nous accueille, nous, ces flows en blézeurre marine dobullebresse et cravate rouge grenat, un peu imbus d’eux-mêmes, car la plupart, l’année précédente, avaient été astreints, sous la dictatoriale mais efficace férule du titulaire de la classe d’Éléments latins «B», le séculier Édouard Beaubien, soutane passée à l’amidon de la stricte et imperturbable discipline intellectuelle (son père était détective), véritable dynamo d’une centrale électrique de la Saint-Maurice, à se taper les deux premières années du cours classique en 10 mois, se farcissant ainsi l’intégrale du Précis de grammaire, de Grévisse, l’Analyse grammaticale et logique, de Calvet et Chompret et les deux premiers tomes de la grammaire latine de Roger Gal : pas moins.


Massicotte, que nous surnommions «La Pioche», répétant bêtement une pratique déjà établie par les anciens du collège, ce que nius pouvions être débiles, était un chic type. Posé, accueillant, bienveillant, d’un grand savoir et d’une énorme patience avec ces jeunots, 14 ans, qui avaient «sauté» une année et qui, imbus d »eux-mêmes, se croyaient sans doute bien plus futés que leurs confrères des deux autres classes de Méthode, des vieux de 15 ans...


Quand, dans les années 1960, mon ancien titulaire sera nommé curé d’une troisième paroisse que le diocèse voudra ériger à La Tuque, Saint-Hubert, et que sa tentative d’y faire construire un temple sera noyée par une féroce vague d’opposition soulevée par un groupe de citoyens et de citoyennes qui ne sont guère convaincus de sa pertinence, il saisira vite l’inutilité d’une affrontement. Sage attitude de sa part, c’était dans sa nature et il n’ignorait pas le climat instauré par la Révolution tranquille. D’ailleurs, aujourd’hui, dans la Reine de la Haute-Mauricie, ne s’apprête-t-on pas à transformer le plus récent de ses trois temples existants (quatre en comptant la défunte chapelle du complexe amérindien) en une bibliothèque publique. Massicotte avait compris qu’au moment même où des centaines de ses confrères de travail échangeaient leur col romain contre un nœud Windsor, papillon ou plat, et s’efforçaient de se fondre dans la faune des notables québécois contents d’accueillir dans ses rangs ses fous de Dieu désoutanés, il ne fallait pas trop insister pour faire dans la construction ecclésiastique. Depuis une trentaine d’années, un peu partout au pays du Québec, ces édifices démesurément imposants, érigés avec le maigre pécule de pauvres cathos pratiquants, trouvent de nouvelles vocations…


C’est ainsi que le curé d’un saint Hubert criblé de fléchettes citadines dut se résoudre à célébrer la messe dans le gymnase de l’école Jacques-Buteux [2].


Parlant de démesure, attendez de voir la splendeur de la décoration de l’église de Sanmaur, ultra modeste desserte diocésaine sous le directorat de Léopold Lacasse. La construction du temple sanmauresque, entreprise sous Édouard Meilleur, connaîtra son apogée sous son successeur, un fin lobbyiste qui n’a jamais craint de laisser de côté son vœu de … pauvreté. J’en ferai l’objet d’un épisode bien illustré dans ce carnet.

Février 1954, devant l’église de La Croche. Le curé Paul Rainville prend en photo son collègue de Sanmaur, Léopold Lacasse, lequel a amené avec lui, dans un taxi latuquois, le 3131 (Diamond Taxi ?) la smala des Lee-Cantin du 348C de la rue Tessier: Émile et Maizy, Jean et Pierre. Mais où était donc Robert ?


Une p’tite dernière : c’est promis !


Une autre grotte presque totalement mariale , tout près du port d’Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, juillet 2008.

Photo : Pierre Cantin.


[1] Sur cette photo de l’été 1956, Philip Valois, à la gauche de sa mère, Constance Forrest, déguste une «liqueur» embouteillée par Gaudreault Breuvages Enrg, tandis que moi, derrière mon père, Émile Cantin, et son éternelle cigarette et son occasionnelle petite Dow**, distribuée, ces années-là, par Régent Tremblay, j‘empoigne une Émile Fontaine. Cette scène dominicale, composition de ma mère, Maizy Lee, se déroulait au Relais 4 H, à une vingtaine de kilomètres sur la 19 Sud, devenue la 155. Ah ! les beaux dimanches de notre enfance : je ne me rappelle qu’on n’était rarement dérangé par le tintamarre des semi-remorques en ce temps-là. La Tuque était une ville terminus et cette journée de repos avait encore un certain sens : point de fardiers chargés de «deux par quatre»

se croisant inutilement le long de la Saint-Maurice.

** Référence bibinesque : un lecteur attentif a noté que j’avais utilisé le logo (multiplié) de la bière 50, brassée par Labatt, naguère société canadienne, en guise de numération de mon carnet.


[2]

Sur le site de FACEBOOK, il y a une page lancée par deux jeunes Latuquois, intitulée I COME FROM LA TUQUE. Elle compte présentement plus de 1300 membres, statistique incroyable ! Parmi les photos du site, quelques-unes de l’école Jacques-Buteux, transformée temporairement en lieu de culte…

L’hyperlien : http://www.facebook.com/home.php#/group.php?gid=2603445355&ref=ts


* * * *

P. S.

«… les salauds ne s’amendent que le temps de leur peur…»

Daniel Pennac, La Petite Marchande de prose (Paris, Gallimard, 1990)

lundi 17 août 2009


MIDLIGE & RICKARD
MARCHANDS GÉNÉRAUX

MANOUANE

« John Johnstone Rickard,
merchant, of Manouan Crossing… »


[50]

Déjà 50 pages à mon carnet !

Pour cette cinquantième page de mon carnet, je demeure dans les parages de l’embouchure de la rivière Manouane, à la hauteur de Sanmaur, et, grâce à de pertinentes et intéressantes données que me procure, une fois de plus, Paul Tremblay, je puis livrer ici quelques bribes d’histoire sur cet édifice mentionné à quelques reprises dans mes pages, un bâtiment érigé par John J. Rickard et son épouse, Eva Midlige, fille de l’aventureuse femme d’affaires Annie Midlige sans doute dès que la voie ferrée du Transcontinental eut atteint cet endroit déjà très fréquenté.

Le magasin de Manouane, vers 1940, propriété, à l’origine de John Rickard et d’Annie Midlige. À part une affiche, à droite, sur laquelle on peut lire : «PLAYERS – CIGARETTES», rien n’indique vraiment qu’il s’agit là d’un magasin général.
À l’avant-plan, on distingue nettement la voie ferrée du Canadien National.
Cette magnifique vue fait partie d’une photo panoramique que possède Paul Tremblay.


Il semble bien que Rickard ait été en affaires à Manouane, au moins une année avant la signature du contrat qui le liait à sa belle-mère, passé le 3 avril 1912. En effet, dans les registres de l’église anglicane St. Andrews de La Tuque, pour l’année 1911, le pasteur anglican, William L. Archer, prêtre missionnaire, a pris soin d’indiquer Manawan Crossing comme lieu de résidence du marchand , lui donnant ainsi une reconnaissance toponymique quasi officielle.



Extraits des registres de la paroisse anglicane St. Andrews, à La Tuque.
Documents aimablement fournis par Gail Aubé.

Le premier extrait signale le baptême d’Edna Margaret Rickard, fille de John Johnstone Rickard et d’Eva Midlige, le 20 août 1911. L’enfant était née le 15 juillet. L’heureux événement est cependant assombri, le 20 novembre suivant, par le décès d’un autre de leurs enfants, Evelyn Winifred, âgée à peine de 23 mois.

William Midlige, l’aîné de la famille, avait fait la manchette de quelques journaux américains en 1910, en racontant l’anecdote d’un médecin qui avait pris des loups pour des chiens.
Maxime Comtois évoque un épisode semblable dans ses mémoires (1).


* * * *
L’édifice de la société MIDLIDGE & RICKARD a changé de mains à cinq reprises, avant d’être démoli, comme en témoigne cet extrait du l’«index des immeubles» pour le canton de Dessane, que m’a remis Paul Tremblay.

Extraits fournis par Paul Tremblay.

Les lots avoisinant la propriété initiale de Rickard. Le lot 09, à ma connaissance, est toujours la propriété d’Yvon Pelletier, un résidant de La Tuque que j’ai rencontré à Sanmaur, en novembre 2007.
C’est le 17 mai 1927 que Rickard vend son entreprise à une société concurrente, la Hudson Bay Company, qui la revend à Freddy Houle, le 12 mars 1945. Ce dernier la conserve jusqu’au 17 août 1955, quand il la cède à Adrien Arseneault, lequel semble avoir transformé les lieux en un atelier de réparations mécaniques si l’on en juge par cette photo du milieu des années 1970.

L’étalage de carcasses de voitures et de camionnettes du mécano
Arsenault a plutôt gâté le paysage de Manouane.
Photo : Paul Tremblay.

Jeanne d’Arc Vignola achète la propriété le 27 août 2001. Elle est sûrement la dernière «proprietress», comme on dit communément en Irlande, où on a l’anglais assez près du français. Ainsi on y rencontre des panneaux résolument unilingue qui n’affichent pas DEAD END, mais CUL DE SAC, expression que l’on prononce «colle de sac». Ceux et celles à qui j'ai donné la traduction littérale de CUL en anglais, ont bien rigolé. Par ailleurs, dans certains patelins, le boucher s’affiche comme étant un VICTUALER.

* * * *
Un avis du Ciennâre : en novembre 1947, avant l’ère timidement francophile du CN !

Des Midlige descendent en ville

En 1947, la page latuquoise de l’hebdomadaire The Shawinigan Standard consacre quelques paragraphes à des membres de la famille Midlige qui, voyageant sans doute à bord du «mixte» du Canadien National, ont séjourné à La Tuque .

Ainsi, le 14 mai, l’hebdo signale un court séjour en ville des demoiselles Edna et Eva Midlige, d’Oskelano River (Oskélanéo), et de William Midlige, accompagné de John Midlige et J. J. Richard [Rickard], leur beau-frère, de Parent. Quant aux Hilliker, de Parent, il s'agit sans nul doute des Hillier, des commerçants qui ont aussi une mercerie à La Tuque.
En décembre, un entrefilet nous renseigne sur Edna «Midge» Midlige, qui suit un cours d’infirmière au Jeffrey Hale Hospital, à Québec.


* * * * *
Dans les années 1970, un virulent feu de forêt a fait des ravages dans les environs de l’embouchure de la Manouane, laissant intactes, les bagnoles du garagiste Arseneault.

Photos de Paul Tremblay, aimablement fournies par leur auteur.

Un oubli de taille

J’avais pensé inclure, dans ma galerie de grottes mariales, ce monument, photographié en mars 1960, une «marque» de mon adolescence trifluvienne.

Photo : Pierre Cantin, Trois-Rivières.

Cette grotte avait été érigée dans ce que l’on appelait alors le «coin des finissants», partie sud-ouest de l’immense cour de récréation du Séminaire Saint-Joseph, le STR, ceinturée par les rues Laviolette, Saint-Maurice et Saint-François-Xavier. Je me demande si elle est encore là.

Elle a une certaine ressemblance avec celle de Sanmaur. Quatre élèves de Philosophie II, classe terminale du défunt cours classique, Charles [?] Laganière, Martin Fiset, Joachim Leblanc et Robert Rivard (non, je n’ai pas de mémoire: j’avais sinmplement inscrit leur nom au verso du cliché…), s’adonnent à la seule activité possible en hiver ,à l’époque, dans ce lieu d’enfermement, quand on n’aimait pas le hockey ou si on n’était pas doué pour sa pratique : la marche…

P. S. Suite à la publication de ma litanie de grottes, un ami m’a demandé, sourire en coin, si je n’avais été victime d’une poussée de fièvre papiste. Je l’ai rassuré sur mon état mental : c’est que, tout simplement, les irlandaises de pierre et de béton m’avaient rappelé la sanmauresque et la trifluvienne. Simples éléments déclencheurs de souvenirs…


[1] Geneviève Gélinas, petite-fille du médecin, a eu l’amabilité de donner l’adresse de mon carnet sanmauresque, sur la page d’accueil du nouveau site qui héberge les «Mémoires du Dr Max Comtois». Je l’en remercie.
http://drcomtois.situs.qc.ca/

jeudi 6 août 2009


Manawan Crossing
Les trois enjambements de la Manouane, à la hauteur de Sanmaur
au beau milieu du XXe siècle.

[49]
III. Le chaland de la Brown

Les beaux dimanches à la Manouane, Farouest de Sanmaur

Du temps de mon enfance à Sanmaur, voguait, à quelques mètres à peine en aval du «pont des chars», hautement juché sur la Manouane, ouvrage costaud destiné au passage des convois ferroviaires et à de rares piétons, et parallèlement au pont flottant, cette longue plate-forme de madriers que je n’aurais jamais osé emprunter à pied, accroché à un câble, un traversier, espèce de barge en acier.

On utilisait le mot chaland pour désigner ce bateau passeur chargé de véhiculer, sur la rive gauche de la Manouane, les camions et les autobus se dirigeant au nord, vers Chaudière, puis La Loutre. Et peut-être, sauf erreur de ma part, vers Windigo, en traversant la Saint-Maurice sur un deuxième chaland, au 22 Milles, ou sur l’impressionnant pont à chevalets (communément appelé «tresseul» graphie francisée approximative de l’anglais trestle) posé au-dessus des chutes de Chaudière, autre dépôt de la Brown situé à une cinquantaine de kilomètres en amont de Sanmaur (voir l’épisode du 4 décembre 2007).

Au milieu de la Manouane, le chaland se dirige vers la rive gauche
(ouest) de la Manouane.
Photo de 1975, environ, aimablement prêtée par Paul Tremblay.

Guy Beaudoin, mon expert et conseiller en matière de techniques diverses, m’a expliqué le fonctionnement de ce type de chaland mis en service, croit-il vers 1949 ou 1950. L’embarcation était munie d’un gros moteur d’automobile, un Ford ou un Chrysler, arrimé dans la cale, assez profonde pour qu’on s’y tienne debout. Le moteur faisait fonctionner un treuil réversible qui tirait un solide câble d’acier dont les extrémités étaient fixées sur les eux rives. Un deuxième câble, dit «de garde», sensible à la variation du niveau de l’eau, guidait en quelque sorte le chaland vers sa destination.
* * * * *
Je ne sais pas si c’était un rituel dominical, mais si j’en juge par le nombre de photos que m’a léguées Maizy et qui montrent des membres de ma famille posant sur ce chaland, accosté sur la rive droite de la Manouane, à quelques mètres du premier magasin général d’Annie Midlige et de son associé John Rickard , modeste édifice [1] bâti presque en face de la courbe raide de la route qui menait au barrage C., aujourd’hui tronçon de la route forestière 10 menant vers le sud-est, vers La Tuque, mais il fut l’objet de fréquentes visites de la part de mes géniteurs.

Une espèce de pèlerinage, donc, qui consistait à parcourir un petit peu plus d’un kilomètre à pied, sur le chemin de gravier qui partait du centre « résidentiel » des installations de la Brown, à l’est, pour traverser, dans son entier, le secteur Manouane, et aboutir à la rivière du même nom. Ni mon frère Robert, ni moi, nous souvenons d’avoir «posé» pour l’objectif de Maizy sur ce chaland en ces occasions. Sans doute étions-nous retenus devant le cinq logis, à jouer avec les Beaupré, les Ross, les Doré [2]
Émile Cantin, mon père, et Jean, le plus jeune de mes frères,
probablement en 1953.
Photo : Maizy Lee Cantin.

C’est sans doute sur ce traversier, que mon jeune frère Jean, né en juin 1949, a dû avoir la piqûre de la pêche [3]. Débuts plus que modestes; équipement bien rudimentaire. Scène surprenante, en tout cas, où mon père Émile, d’ordinaire très peu porté à accomplir une tâche qui eût impliqué l’utilisation d’un outil ou la manipulation d’un objet autre qu’une machine à écrire ou un crayon – ma mère nous disait qu’il aurait été dangereux de le lasser manipuler un simple tournevis – prépare une ligne à pêche.
Jean Cantin, dos à l’estuaire de la Manouane. Vers 1953.
Photo : Maizy Lee Cantin.


Émile Cantin, Manouane, 1953. On notera, à gauche, une caisse de beurre, en bois : en milieu perdu comme Sanmaur, on recyclait tout ce que l’on pouvait...
Photo : Maizy Lee Cantin.


Maizy devant «son» objectif

Quatre «poses» de ma mère, Maizy Lee.
Les photos sont sûrement de son légitime, Émile Cantin.




[1] En vérifiant dans mes dictionnaires la définition du mot chaland, je découvre que le terme s’applique aussi aux acheteurs et acheteuses qui vont de préférence chez un même marchand.

Un chaland déjà en fonction, en 1930, à Windigo, alors le principal dépôt de la Brown Corporation. Un câble (aérien d’après la photo), accroché entre les deux rives, sert à guider sa trajectoire et l’embarcation, à gauche,
devait sans doute le pousser.
The Brown Bulletin, avril 1930; archives d’Hervé Tremblay.

Un autre type de chaland, plus près de la péniche. Il me semble qu’il se soit trouvé à Chaudière, ou dans les alentours. La photo provient des archives de ma mère et date possiblement de 1947 ou 1948.

[2] Voici deux tableaux illustrant les activités de ces années d’insouciance sanmauresque. Il faut dire que les deux superbes Ford à pédales, bleu ciel, que notre oncle Donald Lee nous avait rapportées de Québec exerçaient un certain magnétisme sur nos petits voisins. Nous n’allions toutefois pas très loin, car les voies carrossables du coin étaient passablement molles. Pas terribles pour la pédale, même fordienne.

Sur ces photos, Michel et Denise Ross, qui habitaient en face du cinq logis et une certaine demoiselle Wheeland (aux dires de Jean-Pierre Ricard, dont la mémoire est meilleure que la mienne), en compagnie de mon frère Robert, en salopette et épaules dénudées : on ne craignant nullement les effets néfastes des rayons solaires. À gauche, on aperçoit des fenêtres donnant sur le logis des Beaupré.

Sanmaur, été 1949. Photos : Maizy Lee.

[3] Je me rappelle que, certains après-midis, au début des années 1960, Jean s’éclipsait, sur sa bicyclette déjà trop grosse pour lui (un cadeau de Léopold Lacasse, l’ancien curé de Sanmaur), pour aller pêcher la barbote dans les flaques d’eau, près de la gare de triage de Fitzpatrick, une randonnée pas mal longue pour un flow de son âge… Plus tard, une fois que la famille aura aménagé dans la petite maison de la war time louée d’une dame Marceau, il empruntera ma véloce Vespa en cachette, mais pas toujours pour aller pêcher ! Et puis il fera le grand saut, achetant, à l'insu d'Émile et de Maizy, une grosse bécane de mon ami Roger Berman.

Jean Cantin, devant le 737 de la rue Kitchener, La Tuque, mai 1957.
Photo : Pierre Cantin.


Jean Cantin et Maizy Lee, sur le tarmac du 728 de la rue Castelneau,
probablement à l’été 1965. Photo : Pierre Cantin.

Jean Cantin et sa BSA : le terrible clan des Gaulois l'attendait ! À l'arrière-plan, la Coccinelle de Jacques Tremblay.
Photo : Pierre Cantin, sur ce même tarmac, sans dote en 1967. .
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Ajout à l’épisode 46

Cette carte postale pose une énigme que pourraient probablement résoudre les historiens du rail. Quelqu’un y a tapé : « 2nd Crossing St. Maurice River. Steel erected to date 25-12-10. N.T.R. 1 Fitzpatrick 61.4 ». Où se situait cette deuxième traversée de la Saint-Maurice ? En décembre 1910, la voie ferrée semble avoir atteint Sanmaur : serait-ce alors le pont de Weymont, érigé à la périphérie est du village, et qui a longtemps servi de passerelle aux Amérindiens de Wemotaci ?


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Je serais curieux de savoir où ces Britanniques polissons ont pu pêcher le nom de leur cottage.