samedi 26 décembre 2009

Depuis le coq jusqu’à l’âne … à la loutre
aux «L» bien majuscules !

Le premier septembre dernier, dans ma boîte aux courriels, habituellement encombrée au petit matin, – je floche plus hardiment que je n'ouvre – atterrissait un envoi titré «La Loutre » et signé «Louise Jacob». Projeté dans le cyberespace depuis le New Hampshire, État berceau de la Brown Corporation, dont l’histoire, très clairsemée, occupe passablement d’espace dans le présent carnet, le titre a su, bien sûr, capter toute mon attention.

Louise Jacob m’y confiait que son grand-père, Azarius Rompré, monté de Saint-Casimir-de-Portneuf, village de la Basse-Mauricie, à La Loutre, y avait été à l’emploi, dans les années 1920 et 1930, du bonhomme John H. Carter, alors patron du dépôt de la Brown, mieux connu de nos jours sous le toponyme de barrage Gouin. Elle ajoutait que sa mère, Louisa, et sa tante, Liliane allaient parfois passer l’été avec leur père dans ce coin sauvage.

Deux portraits du grand-père de Louise Jacob, Azarius Rompré, en tenue d’officier de police,

qu’elle m’expédie dans un second envoi.

À gauche, dans son patelin de Saint-Casimir; à droite, peut-être à La Loutre, si l’on en juge par le décor, à moins que ce ne soit l'un des lacs du comté de Portneuf, dans les Bas.

Louise Jacob joignait quelques photos à son courriel – et m'en promettait d’autres – dans une enveloppe lourdement affranchie, que je reçus quelques jours plus tard.

* * *Intéressante photo fournie par Louise Jacob. L'un des camions muni de roue d'acier pour circuler sur la voie ferrée installée, vers 1915 par la Fraser Brace, entre le dépôt Chaudière et La Loutre, tire un wagon lourdement chargé.


Dans ses éphémérides du 4 juillet 1929, Jerry McCarthy, signale qu’un certain Rompré a effectivement reçu la visite de ses deux filles. Louisa a alors 17 ans et son aînée, 19. Le patronyme revient en 1930, puis, le 13 octobre 1933, McCarthy signale que Rompré a entrepris d’abattre des arbres qui serviront de poteaux pour les lignes électriques et téléphoniques. Il sera de l’équipe qui, en novembre, installe une ligne pour les entrepreneurs privés occupés à trancher, sur la rive gauche de la Saint-Maurice, les épinettes qui emprunteront le courant de la majestueuse rivière pour se retrouver sur les tas de bûches de l’usine de La Tuque, beaucoup plus bas.

Le 22 juin 1935, Azarius Rompré participe à une grande fête communautaire à La Loutre. Son nom est aussi mentionné le 23 mai 1936.

Dans une note datée du 27 mai 1939, McCarthy écrit que Rompré, très malade, doit garder le lit.

Finalement, en 1950, McCarthy fait allusion à une certaine «Rompré Road». Un lien avec l’homme de Saint-Casimir ?

Azarius Rompré est décédé en 1949. Il était âgé de 76 ans. Selon sa petite-fille, il n’aurait pris sa retraite à qu’à 70 ans. Il aurait donc été actif jusqu’en 1943.

* * *

À l'avant, la mère de Louise Jacob, Louisa Rompré. La Loutre vers 1930.Louisa Rompré (debout) et sa soeur Liliane, au milieu des pitounes accumulées en amont du barrage Gouin. Vers 1930.

Un attelage de chiens, à La Loutre, vers 1930. On eut penser que le personnage de droite est Henry Skeene, le conducteur de cette équipe canine. Photo fournie par Louise Jacob.

* * *

Parmi les photos expédiées par Louise Jacob du New Hampshire, ces souvenirs tangibles du passage de sa mère à La Loutre. De beaux objets confectionnés par des Atikameks du Haut-Saint-Maurice... mais aussi un spécimen de ces fameuses couvertures de laine de la compagnie, qu'on devait faire bouillir pour les nettoyer !

Le site BEYOND BROWN PAPER [ http://beyondbrownpaper.plymouth.edu/ ] a ajouté récemment des dizaines de photos de la fin des années 1940, prises à La Loutre. L’archiviste adjointe de la Plymouth University m’écrit qu’il resterait à numériser des milliers de négatifs illustrant des scènes des chantiers forestiers de la Brown en Mauricie. Il est curieux, en effet, de ne pas trouver, dans ce riche fonds (plus de 38 000 photos), davantage de scènes de Sanmaur et surtout de Windigo, qui fut, jusqu’en 1947, la base principale des opérations de coupes de bois de la papetière de Berlin, au New Hampshire. De cette dernière base, il s'en trouve des dizaines dans les éditions du mensuel The Brown Bulletin, que j'ai pu dépouiller grâce à la collaboration de l'historien latuquois Hervé Tremblay.

Un article, envoyé par Louise Jacob, paru il y a quelques années dans le journal Manchester Union Leader, souligne quelques faits relatifs à la Brown Company.


Celle-ci fut l’un des premières à organiser, dans ses murs, un département de recherches et de développement dont les travaux ont débouché ; sur plus de 500 brevets aux États-Unis, et 300 au Canada. C’est là qu’ont été mis au point des produits aussi différents que le papier photographique Kodak, la pellicule d'hydrate de cellulose, l’utile cellophane, et le «shortening» végétal employé dans la cuisson.

Sur l’enveloppe Priority Mail du United States Postal Service, un bison plutôt intimidant semble inviter le destinataire à admirer la jolie vignette intitulée «13 Mile Woods, New Hampshire» et lui faire savoir que la scène pourrait très bien représenter une courbe bordée de conifères de la majestueuse Saint-Maurice.

Petite correction à l'épisode 56

Un correspondant («une», peut-être) me précise que la photo de l’oblat Léopold Lacasse le montrant en compagnie d’Amérindiennes et incluse dans le dernier épisode de mon carnet, a plus que sûrement été captée à l’entrée du magasin de Ti-Cheffe St-Jean, situé sur la rive droite de la Manouane, près de la traverse. On a sans doute raison.

Puisque j’en suis à dériver de nouveau dans la soutanerie oblate, voici un entrefilet sur Édouard Meilleur, le fondateur de la paroisse de Sanmaur, que l’auteur du bas de vignette semble situer dans le Grand-Nord ! Le document a paru sans doute dans un quotidien de Québec, soit Le Soleil, soit son concurrent, L’Action catholique, feuille enfin disparue en 1973 : il était temps...

Construction de l’église de Sanmaur, 29 octobre 1947.

Photos : Charles Charest, employé de la BROWN à l'époque.

Source : Internet, Mauricie, base de données en histoire régionale, Centre interuniversitaire d’études québécoises.

* * *

« La longévité de ces choses ineptes, quand des vies valeureuses

périssent chaque jour, ne laissera jamais de me confondre.»

– Renée, la concierge ultra cultivée du roman de Muriel Barbery,

L’Élégance du hérisson (Paris, Gallimard, NRF, 2006).

Voilà bien une citation qu’on ne saurait appliquer à ce temple, démoli, à ce que m’a confié un ancien résidant de Sanmaur, établi à La Tuque depuis, Louis Lacasse – sans lien de parenté avec la soutane oblate–, qui tient l’information d’Yvon Pelletier, qui a passé la majeure partie de sa vie dans ce coin, démoli, écrivais-je, en 1988, au moment de la construction d'une nouvelle chapelle à Wemotaci.

Dépenser autant d’énergie et de piastres pour ériger un édifice à l’existence plus qu’éphémère s'avère une autre illustration d’un pouvoir abusif qui a su tirer, pendant trop longtemps, de scandaleux profits de la superstition des gens, de leur crédulité surtout…


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4 commentaires:

Monique a dit…

Félicitation Monsieur Cantin pour vos recherches. En 2006, vous dites être aller à Sanmaur et il vous a semblé que l'Auberge Le Mistral n'était fréquenté que par la SQ ou la police amérindienne de la réserve...Suite à ce commentaire, je vous informe que à cette époque, la réserve n'offrait pas de service de restauration et d'hébergement important, sauf une petite cantine qui ouvrait occasionnellement et le conseil avait une roulotte offrant un appoint. Étant en fonction à l'Auberge de 2006 à 2009, je vous informe que la clientèle provenait de divers métiers et professions, client venant de l'extérieur et aussi nombreuses clientèle de la communauté.
J'ai travailler avec une équipe d'employés composée majoritairement de membre de la communauté et ce fût une expérience unique et enrichissante.
Un tournant s'est effectué lorsque la communauté a mis sur pied un projet de restauration et d'hébergementau sein même du village de Wemotaci.

Bien à vous,

M. Marineau
La Tuque

Anonyme a dit…

Bonjour M Cantin,
Dans votre article du 25 novembre il y a une photo du barrage C ainsi que des deux maisons au haut de la côte. Cela m’a fait plaisir de revoir la maison de mes grands-parents. En effet mon grand-père était gardien de barrage. Il a travaillé au barrage A, barrage B et barrage C. A mes premiers voyage dans ce magnifique coin du pays je n'avais que 6 mois et cela était toute une aventure de se rendre au barrage A. J'ai plusieurs souvenir du barrage B avec son camp de bucherons. C'est d'ailleurs a cet endroit que j'ai vu pour la première fois en grande primeur le film La canne aux œufs d'or. Ce que j'aimais à cette époque c'était les collations servis au bucheron suite au visionnement du film. Mes souvenir les plus marquant sont bien entendu ceux du barrage C. Imaginez; un p’tit gars de la ville qui passe ces vacances de Noël et celles d'été dans un endroit aussi magnifique. Moto neige, lièvre pris aux collets que j'ai moi-même installé, pèche de doré au dimension inégalée.... moustique et mouche a profusion.
Que de beaux souvenirs vous m'avez fait revivre... ah! nostalgie quand tu nous tient....
Sincère salutations,

Gilbert Bélanger a dit…

Que de bon souvenir. J'ai vécu à Sanmaur de 1953 à 1972. Mon père a travaillé pour la Brown et ensuite pour la CIP. Par la suite, il s'est occupé du traversier du 15 milles. Je me suis rendu à Sanmaur en septembre dernier (2013) et le vieux presbitaire (l'Auberge) n'a plus sa profession. Les amérindiennes en ont pris possession.
Gilbert Bélanger

André St-Pierre a dit…

En ce qui vous concerne M. Cantin, sans parler de dénuement, on pourrait quand même parler de débuts difficiles. Pas de FB pis ben des mouches!Pis l'hiver! Nous sommes dans les extrèmes du spectre.
Ça ne doit pas laisser beaucoup de souvenirs.Et sur la plupart des photos, on dirait que la lumière n'est pas encore arrivée.Merci pour le travail de mémoire.