vendredi 23 mai 2008

ALLIAGE DE KAKI TERRESTRE ET DE BLEU AÉRIEN

Pour en finir – ou presque – avec cette drabe couleur…

Il me semblait bien, itou, que, dans mes archives, j’avais d’autres icônes de ces activités scoutes de l’été 1960, lesquelles allaient bien convenir à l’illustration de mes propos sur mes années de conscrit scout trifluvien et nécessairement …mauricien.

Un épisode bien tranquille, plutôt nostalgique et surtout très personnel. Me faudrait bien quitter mes humeurs « belliqueuses » et replonger dans mes propos plus historiques.

Saint-Alexis-des-Monts, juin 1960

Chantier de construction de la porte d’arche principale du camp.

De gauche à droite : Michel Piché, Pierre Cantin et Louis Olivier. Au palier supérieur, le chef, Jean Villeneuve : illustration flagrante des inégalités provoquées par la hiérarchie.

Remise officielle de la médaille du campeur au scout Gélinas, par le très élégant assistant-scoutmestre Pierre Cantin, sa scoliose débutante et ses belles bottines neuves, - lesquelles le mèneront jusqu’à Obidjuan -, en compagnie du chef Jean Villeneuve et de l’aumônier Gaston Kirouac, toutes autorités, on l’aura noté, en tenue moins qu’informelle!

L’ASM Cantin rédigeant un procès-verbal ! Ou de l’obligation

d’afficher le sérieux de son autorité…

Un pouce brandi bien inutilement : l’ASM Cantin verrait-il poindre du sud un véhicule tout en zieutant fers le nord ? Saint-Rock-de-Mékinac, 30 juin 1960. Photo : Louis Olivier

DANS LA VALLÉE DE LA MATTAWIN


Le routier Cantin, au lieu dit « Les Chiennes »,

quelque part le long de la Mattawin, 19 août 1960.

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LA LOUTRE (barrage Gouin), août 1960


Le même routier Cantin, à La Loutre, déguisé en travailleur forestier.

Devant un bâtiment de la C.I.P., 24 août 1960.

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L’ATTRAIT DE L’UNIFORME CHEZ LES LEE-CANTIN

Mon frère Robert, de dix-huit mois mon cadet, échappa au port du kaki : il n’aura revêtu que des uniformes caractérisés par le bleu. D’abord comme louveteau, puis comme cadet de l’air.


Robert Cantin, en bleu de l’Aviation royale canadienne dans la cour du 737 Kitchener, quasiment à l’ombre du clocher de l’église Marie-Médiatrice. À cette époque, la tente était le quartier général du benjamin des Cantin, Jean. Il y rassemblait toute la marmaille du quartier. Été 1959. Photo : Pierre Cantin

Rue Saint-Joseph, La Tuque, été 1961. Photo : Pierre Cantin

]

Sur ce cliché, les cadets Robert Cantin et Roger Collin déposent une couronne de fleurs au pied de l’immense statue du Sacré-Cœur, bras déployés, zieutant de son œil perçant le trafic en provenance de la rue Commerciale. La cérémonie me semble s’être déroulée en 1961, comme en font foi les banderoles du cinquantenaire de La Tuque, mais personne, jusqu’ici, n’a pu m’éclairer sur les raisons de ce dépôt militaro-floral, le monument aux soldats morts à la guerre se trouvant tout à côté du nouveau bureau de poste de l’époque, plus à l’est, rue Saint-Joseph, passé la voix ferrée.

À l’arrière-plan, deux édifices à la blanche façade sont flanquées de succursales d’institutions très financières : à gauche, celle de la Banque nationale, angle Saint-Joseph et Saint-Antoine, et, à droite, une partie de la défilante Banque Royale. Latuquois et Latuquoises, du moins ceux et celles qui ont mon âge, reconnaîtront le maire d’alors Onésime Dallaire, Raymond Arsenault, col blanc aux ateliers de l'usine commis à la section des équipes d’entretien, éternel commissaire d’école, et Luc H. Morissette, le directeur de l’École des Métiers ["H" pour Hégésippe? Hector? Hercule? Herménégilde? Henri? Hermel? Hilaire?]. Peu usité tout de même, en Haute-Mauricie, chez les francophones, cette pratique britannico-américaine de l’initiale médiane! L’addition d’un terme était plutôt l’usage répandu: Tremblay-Bicycle, Tremblay-Banane, Tremblay-à-Tophase…]

Mon frère Jean, dans son uniforme scout tout neuf, mais coiffé de mon bérêt, sous le regard attendri de sa mère, Maizy Lee. Juillet 1961. Photo : Pierre Cantin

Jean fera aussi partie des cadets de l'air. Trônant sur l'énorme téléviseur Sylvania qui versait désespérément dans le gris, le portrait du carnetier, dans son costume de rhétoricien. Photo prise, les anciens, futés, l'auront noté, un dimanche après-midi, à l'Heure des quilles. Rue Kitchener, vers 1963. Photo : Pierre Cantin

Mon petit frère Jean allait, quelques années plus tard, porter fièrement les couleurs du premier club de motards de La Tuque, les Gaulois. Juillet 1961.

Photo : Pierre Cantin

Une relique véritable, un artéfact latuquois inestimable : la veste des célèbres et redoutablement doux Gaulois de La Tuque. Ah! c’était c’était bien avant l’ère des QUAD… Photo : Jean Cantin, mai 2008.

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Mon père qui, en compagnie d’autres anciens de l’Aviation royale canadienne, la RCAF, se sera occupé durant de nombreuses années de l’escadron 636 des Cadets de l’air de La Tuque, aura alterné du bleu hivernal au kaki estival dans ses tenues d’officier, réunissant parfois les deux couleurs, comme l’illustre cette photo qui date de 1967 environ.

Émile Cantin, vers 1967, dans le salon du 728, rue Castelneau. Photo : Pierre Cantin

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NOTES

Une anecdote qui me fait encore sourire quand j’y repense : ce massif Sacré-Coeur n’aura pas été qu’une parure. Il fut en effet utile à ma mère dans son rôle d’agent de la circulation. En effet, quand celle-ci revenait de faire ses courses, rues Saint-Antoine ou Commerciale, le géant barbu lui indiquait, de sadextre dorée, la voie à suivre pour retrouver la rue Tessier, où nous habitions, à notre arrivée en ville, à l’automne 1954. Maizy, habituée à la géographie minimaliste de Sanmaur, où elle n’avait point eu besoin de recourir aux talents de sémaphore de la vierge de plâtre installée par le curé Lacasse au balcon de la grotte de pierre, avait quelques difficultés à s’orienter dans cette ville qui lui était nouvelle et qu’elle n’a jamais aimée d’ailleurs.

Nous avons créché à l'étage supérieur de l'édifice de Beau-Blanc et d'Albertine Tousignant, à l’angle des rues Tessier et Saint-Michel, tout juste à côté de l’usine de la C.I.P., jusqu’en décembre 1956. Il me faudra bien des années pour ne plus sentir, avec dédain, l’odeur caractéristique de l’usine. Elle se rappelle à mon souvenir quand je roule sur la 148, à Thurso, ou sur la 74, à Rockland, en Ontario et que le vent est de l’ouest.

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Robert et moi ferons un camp scout à Rivière-aux-Rats, en juillet 1956. J'en ferai l'objet d'un épisode dans un carnet sur La Tuque. Me voici devant la tente de la patrouille des Aigles. Si je me rappelle bien, mon chef de patrouille était Michel Poirier. À noter mon premier appareil photo : un Kodak Brownie Holiday. Difficile de rater un cliché avec ce modèle...



mercredi 30 avril 2008

DES KAKIS EN HAUTE-MAURICIE (BIS)


Ma documentation sur la Haute-Mauricie et son histoire, la grande et la petite, continue de s’accumuler. Ainsi, une courte visite dans ce qui fut, dans une vie antérieure, l’une de mes deux repaires « intellectuels », la bibliothèque Morisset de l’Université d’Ottawa – l’autre ayant été cette petite pièce où j’avais rassemblé les éléments de ma « ferronnerie », une espèce de lieu extra terrestre situé à quelques pas de l’ascenseur, au quatrième étage de ce qui s’appelait alors la Bibliothèque nationale, rue Wellington, dans la grande Hutte-à-Oies, et où j’eus comme voisin l’ancien chef du Nouveau Parti démocratique, David Lewis, personnage affable et sympathique –, courte visite, donc, qui m’a permis de zieuter une vingtaine d’articles de revues sur les sujets qui occupent les octets de ce carnet.

Pas de grandes trouvailles, donc, dans tous ces articles savants, mais quelques détails et anecdotes qui pourraient ajouter à la substance de prochains épisodes.

Mattawanie, Manouanie (j’ai trouvé le terme dans un essai autobiographique d’une dame qui enseigna à Sanmaur en 1953 et sur qui je reviendrai), Amérindianie, Indianie, Franco-Amérindianie, Iroquoisie, tous toponymes évocateurs et inspirants qui s’ajoutent à la nomenclature des provinces telle qu’établie par l’immense écrivain national Jaques Ferron. Pour l’Admirable Docteur, le Québec est en effet un pays constitué de provinces : la Mauricie, la Gaspésie, l’Abitibi, etc.

Je crois bien que je vais intituler «LATUQUOISERIES» cet autre carnet que j’ai l’intention d’éditer sur La Tuque, où j’ai tout de même passé quelques années de mon enfance et mon adolescence. Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai beaucoup de matière.

Je pourrais faire ainsi le pont avec ma page kaki précédente et la présente, de même qu’une prochaine relation, plutôt une évocation, du seul camp scout que je fis avec la troupe latuquoise en signalant le décès, l’an dernier, de celui qui était son aumônier en 1957, Louis-Philippe Pelletier. La notice est un extrait du bulletin des anciens du Séminaire Saint-Joseph, Le Ralliement.

Pour l’instant, quelques ajouts iconographiques au débarquement de kaki personnages en Mauricie. J'en présenterai d'autres dans le cadre d'épisodes sur Sanmaur et la Manouane.

Lors de cette sortie d'août 1960 du clan routier, nous avions marché tout un après-midi, sous un soleil de plomb, pour nous rendre dans les hauts de la rivière aux Rats. Là, nous étions montés de nouveau dans la boîte à ridelles de notre autocar de campagne, un camion Ford de la Consolidated. En cours de route, le bolide a glissé hors de l'étroite piste. Nous l’avons échappé belle. Personne de blessé : nous avions notre ceinture scoute bien bouclée… Le grand dieu de la route devait être de cette route...



L’aumônier Émile Descôteaux examine la situation : non, le goupillon
ne pourra extraire l'engin de son pétrin. Photos : Pierre Cantin


Nous nous sommes quand même rendus à une vieille cambuse, vétuste installation, à l’embouchure de la rivière aux Rats, où nous avons passé la nuit, à la dure, la hanche posée sur le béton…Le lendemain, nous repartions pour La Tuque, puis Sanmaur.


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SAINT-ALEXIS-DES-MONTS

(MASKINONGÉ)

Quelques réminiscences du deuxième et dernier camp scout de ma carrière de disciple de Robert Baden-Powell, pas le guitariste, mais bien Bipi, fils de pasteur de son état.

[Érection de la porte d’arche principale du camp scout de Saint-Alexis-des-Monts.
De haut en bas, le chef, Jean Villeneuve, les intendants Louis Olivier
et Michel Piché, tous deux de La Tuque. Juin 1960. Photo : Pierre Cantin
Michel Piché, au boulot, dans son intendance, à Saint-Alexis-des-Monts,
juin 1960. Photo : Pierre Cantin

Louis Olivier, attendant un « pouce », le 30 juin 1969, sur la route 19, à Mattawin. Son père fut l’un des propriétaires de la compagnie qui livra, vers 1956, à la population latuquoise, dans des boîtes à images, d'illustres communicateurs comme René Lévesque et Fernand Séguin, sans compter l'ineffable Michel Normandin qui, le mercredi soir, décrivait les match de catch impliquant une bande de gros gars en caleçon se frictionnant le mollet (entre autres, les "bons" Yvon Robert et Larry Moquin infligeant de cuisantes (bien sûr) raclées à de "méchants" étrangers comme Yukon Eric et Vladek «Killer» Kowalski, mais aussi à un traitre, le sinistre Bob Langevin), et, le samedi soir, encensait les exploits tricolores des Jacques Plante, Maurice Richard et autres Bienheureux Glorieux de la Sainte-Flanelle affrontant leurs éternels ennemis membres du club des Ailes rouges, dont le magnifique cerbère Terry Sawchuk, le détestable Gordie Howe et son copain, Ted « le Terrible » Lindsay. Photo : Pierre Cantin


À gauche, le
À gauche, le "bon" Yvon Robert livre quelques conseils
pratiques à un coéquipier. Carte Parkhurst de 1956.



Le méchant Yukon Eric , discret de son anatomie, "luttait"
le plus souvent en jean. Ici, il frictionne un catcheur plutôt timide,
un cagoulé sans dute apeuré à l'idée que sa mère le reconnaisse
en petite culotte.
Une autre carte Parkhurst de 1956.
Mon frère Robert et moi en
avions réuni un jeu complet. Il vaut une fortune aujourd'hui.


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LA LOUTRE

Émile Descôteaux et un collègue de travail du STR, Jean Panneton,
alors « maître de salle », en compagnie du chef du clan, Jean Isabelle, et
d’enfants attikamekw, à Obidjuan.
Curieusement, ces derniers
sont « jouqués » sur un tas de dormants.

Il n’y a aucun tracé de chemin de fer dans un rayon d'une centaine de
kilomètres. Il s'agissait sans doute de matériaux récupérés de l'ancien
tronçon Chaudière - La Loutre, construit par la Fraser-Brace et démantelé à la
fin des années 1930.
Photo : Pierre Cantin

[ Au retour d’Obidjuwan, à bord du Wapoose, piloté par lecapitaine Skeene,
vue du barrage
Gouin. Impressionnant plan d'eau. Photo : Pierre Cantin

[ Deux vues du barrage Gouin, août 1960. Photos : Pierre Cantin


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Longue et intéressante conversation téléphonique, l'autre jour, avec Guy Beaudoin, dont le père, Phil Beaudoin, expert mécano en diesel, a habité à La Loutre où il avait marié Paulette Giard, en 1931. Il était donc le beau-frère de Jerry McCarthy. Voici que mon répertoire des ressources humaines sur la Haute-Mauricie d'enrichit d'un précieux ajout. Guy travaille à établir une chronologie détaillée de la vie au barrage Gouin, qu'il a l'intention de me refiler.

NOTES

Hutte-à-Oies – Ce calembour toponymique est du regretté historien Pierre Savard (1936-1998), bêtement décédé d’une erreur médicale dans un hôpital de la grande Hutte. Il était un homme d’une grande simplicité, d’une immense affabilité, d’une disponibilité sans limites, Nombreux furent les coups de fil que je lui ai passés pour qu’il me renseignât sur tel ou tel aspect obscur de l’histoire sociale québécoise à une époque où Internet n’était pas encore accessible. Il m’aura été d’une aide incommensurable dans la préparation de mes éditions ferroniennes.

[http://www2.banq.qc.ca/rfq/savard.htm] – [http://www.crccf.uottawa.ca/fonds/P124.html]- [http://agora.qc.ca/encyclopedie/index.nsf/Impression/Pierre_Savard].

« Pierre Savard, un ancien de la troupe Laval, est l'un des rares historiens québécois à s'être penché sur la naissance et l'essor du scoutisme au Québec. Auteur d'au moins quatre articles sur le sujet [4], Savard ne s'est pas intéressé en premier lieu a la formation offerte par le scoutisme, mais plutôt au contexte et aux facteurs qui ont conditionné son implantation; dans son dernier article portant sur la Route, il accorde cependant une certaine place à la formation religieuse des scouts ainés, membres de cette branche. » - Raphael Thériault

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J’ai eu beau fouiller un peu partout dans mes affaires, je ne suis pas arrivé à retrouver le vieil appareil photo Kodak de ma mère, celui qu’elle m’avait prêté pour la route sur la Mattawin et la Saint-Maurice. Je suis allé voir dans Internet pour y en dénicher une photo. J’ai trouvé ceci.

Je réussissais de meilleures photos avec mon appareil YASHIKA-A; les « portraits » des intendants Piché et Olivier en sont d’éloquentes illustrations. L'appareil s'avérait toutefois fort lourd.


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Énigmatique lien iconographique avec un éventuel épisode de mes Latuquoiseries. Le mystère sera élucidé lors de l’évocation de mon camp de l’été 1957, à Rivière-aux-Rats …musqués. Un indice : l’un des assistants-scoutmestres lors de ce festival de maringouins fit carrière dans la sûreté municipale.

samedi 12 avril 2008

DÉBARQUEMENT DE KAKI EN ...MAURICIE (1960)

Un long, long épisode de ce carnet qui se veut sanmaurien, mais…

Une chemise qui a du kilométrage dans les coutures : c’est celle du carnetier…


18 août 1960, vers midi.

Très exactement en face de l’embouchure de la Mattawin, sur la rive est de la Saint-Maurice, le long de la route 19 – qui deviendra la 155 –, devant le restaurant qui s’y trouvait, espèce de relais médian entre Grand-Mère et La Tuque – alors ville terminus de la vallée –, rassemblement d’un groupe de jeunes gens, la majorité en culotte courte, le mollet couvert d’un bas d’une rugosité plutôt achalante, le torse enveloppé d’une chemise scoute kaki « écussonnée », à manches courtes, le col encerclé d’un foulard non moins scout aux couleurs du vénérable Séminaire Saint-Joseph, mieux connu sous le sigle de STR,

c’est-à-dire le Séminaire des Trois-Rivières – qui célébre justement son centenaire, qui fut l’alma mater de Maurice Le Noblet Duplessis –, le vert et l’or, finalement, le chef protégé par un béret approximativement basque. Ils sont « montés » de Saint-Tite, de Sainte-Thècle, de Louiseville et de presque tous les villages de la Basse-Mauricie. Bref un rallye de Mauriciens. Il n’y manquait sans doute que l’ecclésiastique Albert Tessier, professeur, historien, écrivain et cinéaste, celui créa ce beau toponyme de MAURICIE et l'attribua à la vallée qui étend ses splendeurs de La Loutre à Trois-Rivières et qui a œuvré, d’éloquente façon, à la faire connaître. Un grand bonhomme, bas sur pattes, dont je servis la messe à quelques reprises. Un recordman de l’exercice sacrificiel: d’ordinaire, il expédiait l’office en moins de 17 minutes. L’apothéose pour un pensionnaire, c’était d’être servant, le dimanche matin, solution idéale pour échapper à l’interminable grand-messe. En s’agenouillant à la droite du prélat domestique Tessier, c’était le pied.

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Les gars en kaki s’apprêtent à franchir la Saint-Maurice à Mattawin. Photo: Pierre Cantin

Deuxième à gauche, Michel Piché, à qui, un jour ou l’autre, nombre de Latuquois et de Latuquoises ont dû tendre un colis ou une enveloppe pour s’assurer de son poids et de bien l’affranchir, car il a longtemps travaillé au «vrai» bureau de poste de la Reine de la Moyenne-Mauricie, rue Saint-Joseph. Photo: Pierre Cantin.


Les aventureux bipèdes appartiennent au groupe Jacques-Buteux, pour la plupart, des membres du clan. Les accompagnent, pour l’occasion, deux ou trois robes noires ou apprentis curés et d’autres quidams qui ne semblent guère avoir le mollet scout, qui se sont invités à cette sortie qui s’annonce résolument forestière C’est la ballade annuelle d’été du groupe : cela s’appelle une «route»; les jeunes gens, eux, des «routiers». Pas mal de monde, mais pas tellement de véhicules motorisés pour le transport. C'est que la route, quand elle adopte la voie formatrice du scoutisme, elle se déambule à pied, beaux temps, mauvais temps, en meute : «Frappe la route, Jacques!» (air connu de Ray Charles).

Avant l’invention du code postal…


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Il fait donc très beau en ce 19 août. Et mes vacances estivales, déjà écourtées d’une semaine par les examens de l’immatriculation au baccalauréat de l’Université Laval, furent carrément gâchées par le rôle d’ASM (déjà les sigles) que je dus interpréter. Je fus en effet le troisième assistant-scoutmestre de Jean Villeneuve, le SM, scoutmestre, et, à ce titre, chef de la troupe 29e Jacques-Buteux, à l’occasion d’un affriolant festival de la mouche noire, du brûlot et du maringoin réunis, à Saint-Alexis-des-Monts, du 17 au 30 juin. Deux semaines à nourrir, à la paille fine, les voraces moustiques du coin, lesquels bossent sur des quarts de travail, trop heureux d’accueillir ces touristes forestiers.

Adeptes plus ou moins volontaires de la secte badenpowellienne trifluvienne offrant, en guise de sacrifice aux divinités ailées des forêts du comté de Maskinongé, leurs mollets comme stations de sang libre-service. Les turbines de ces bestioles fonctionnaient au « rouge ». Quelque part, donc, dans les bois de Saint-Alexis-des-Monts, juin 1960. Photo : Pierre Cantin.

Décidément, au STR, il ne manquait qu’une meute de louveteaux!


À peine guéri de mes ponctions moustiquaires, je fus de nouveau obligé de me déguiser en éclaireur, de revêtir l’uniforme, de quitter le havre familial et de reprendre du service. Sur le pouce ? En autocar ? En compagnie de mes camarades latuquois Michel Piché et Jérôme Evoy? J’avoue ne plus m’en souvenir. Une photo prise à Saint-Alexis, me rappelle que Michel avait été l’un des intendants de ce camp.

Je reviens à Mattawin, donc, où le groupe de routiers s’apprête à monter à bord d’un traversier, d’un « chaland », disions-nous à Sanmaur, quelques années plus tôt, pour franchir la Saint-Maurice. Une fois sur la rive ouest, le groupe montera dans la boîte d’un camion de la Consolidated Bathurst, qui le mènera au « dépôt » Chapeau-de-Paille, là où se trouvent des installations de la papetière.



Dépôt Chapeau-de-Paille, le 19 août, notre autocar décapotable à une étoile pâlissante s’apprête à prendre un chemin de brousse pour déposer les kaki quelque part près de la source de la rivière aux Rats. Deuxième, à partir de la droite, Jérôme Evoy, résidant de la rue Castelneau, à La Tuque. Photo : Pierre Cantin

Longue entrée en matière pour greffer ces quelques photos de La Loutre, question de me raccorder à mon carnet haut-mauricien. Les photos, pas terribles, furent prises avec l’appareil-photo de ma mère. Il fallait être bigrement habile pour appuyer sur le déclencheur, placé juste au-dessus de la lentille, à un kilomètre, tout à l’avant de la boîte, sans faire bouger toute l’affaire.

Le barrage Gouin, à La Loutre, 23 août 1960, vue de la rive ouest. Photo : Pierre Cantin.

Curieusement, je n’ai que de rarissimes fragments de souvenirs de cette virée nordique, effectuée plutôt à contrecœur. Après dix mois de cohabitation intensive, à vivre en serre, baraqué dans un immense pensionnat, si prestigieux fût-il, j’aurais bien aimé profiter d’un plein été de vacances. L’été suivant, je travaillai à la division du FRÊT du Canadien National, à La Tuque, à tire de commis de nuit et de préposé aux bagages des deux convois de passagers. Adieu, randonnées pédestres à 40 degrés Celsius, sac au dos et chants simplistes…
Tiens, Jean Villeneuve, mon SM à Saint-Alexis, redevenu, comme moi, un routier sans grade, anonyme marcheur du clan, réfléchissant à son avenir. Il fera notaire dans la vraie vie. De mon côté, je serai, dans la vingtaine plus qu'avancée, précepteur investi des pouvoirs d'un stand-up comique dans un cégep et une université bilingue.

(La Loutre, 22 août 1960. Photo : Pierre Cantin)

Le 23 août, tout le monde s’est entassé à bord du Wapoose, qui mit le cap au nord, vers la réserve d’OBIDJUAN. Au verso d’une des photos du bâtiment, j’avais écrit « Le bateau du captain Skin ».

[
Deux de mes personnes ressources, connaisseurs en matières mauriciennes, Gaston Gravel et Richard Arseneault, ce dernier, un natif de La Loutre, n’ont pu me confirmer que le légendaire Henry Skeene aurait bel et bien piloté ce paquebot lilliputien sur l’immense plan d’eau séparant le barrage Gouin de la réserve d’Obidjuan. Il connaissait, semble-t-il, le grand réservoir comme le fond de sa poche.


Le Wapoose, lors d’une escale, à l’heure du midi, le 23 août 1960, amarré à l’une des îles dudit plan d’eau. Nous avions mis près de huit heures à nous rendre à la réserve amérindienne. Une éternité pour les sardines entassées à bord du paquebot. Photo : Pierre Cantin


Question d’ajouter le classique fruit vermeil sur le sorbet de cet été perturbé, le voyage de retour de la Haute-Mauricie se déroula au ralenti jusqu'à La Tuque. Partis de Sanmaur par le mixte, mini convoi faisant la navette de La Tuque à Parent, puis dans le sens inverse, le voyage fut interminable : une équipe du Canadien National s’affairait, vaillamment, nous n'en doutions pas, à remplacer des rails devant notre train. Un moment intéressant tout de même : je ne sais pas comment elle avait pu me reconnaître, nous ne nous étions pas vus depuis plus de sept ans, mais toujours est-il qu’Yvonnette Chiasson, dont le père était « sectionnaire » pour le CN à Sanmaur, m’avait reconnu en dépit de mes lunettes de myope devenu. Belles retrouvailles.

Un bac en panne, au 15 milles, sur la Saint-Maurice, à notre retour de La Loutre. La Canadian International Paper, qui avait hérité des concessions forestières de la Brown, donc du poste de Sanmaur et des installations de La Loutre, véhiculait les kaki dans cet autobus dont on perçoit le flanc et dont le chauffeur Ti-Blond Harvey, était une vieille connaissance. J'y reviendrai.

Photo : Pierre Cantin.


Le matricule de notre autobus de brousse.

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NOTES ÉPARSES ... RAPAILLÉES

Sur la « notion » de clan routier, on lira avec intérêt cet article où il est question de l’influence de l’école de la route sur le grand poète Gaston Miron :

http://www.erudit.org/revue/vi/2002/v27/n2/290056ar.pdf. On y apprend, entre autres détails historiques, que la Consolidated défraya les coûts d’une publication scoute, Le Godillot, dirigée un temps par Miron.

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La route estivale de l’été 1957 du clan Jacques-Buteux fit l’objet d’une publication dont le titre, Le bâton fourchu dans les îles du grand golfe, aura sans doute plu à un autre grand poète, Pierre Perrault. Il parut à Trois-Rivières, l’année suivante, aux Édition du Bien public de Clément Marchand. Le responsable de l'opuscule scout était Émile Descôteaux, l’aumônier du groupe, qu’on aperçoit au beau milieu du chaland en panne, sur la photo ci-haut, calme capitaine malgré la montée des eaux.

L’ouvrage avait reçu son NIHIL OBSTAT du « cens[or] deputatus » diocésain de l’époque, Hermanus [sic] Plante. Le latin connaissait encore de formidables soubresauts en ces temps héroïques où j’avais dû me farcir un apprentissage intensif – on dirait aujourd’hui « extrême » – des milliers de règles de trois grammaires : la française, la latine et la grecque. Herman Plante sera, en 1961, mon professeur d’éloquence.

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Je n'aurai guère été un grand rhéteur et je me demande même si j'ai obtenu la note de passage de son cours. Lorsque je me présenterai, au printemps 1964, à Jules Fiola, le sympathique chef annonceur de la station radiophonique CFLM, pour une audition, il me fera remarquer, très gentiment, que je n’avais pas "la" voix recherchée. Cependant, il me proposera, sur-le-champ, dans le studio même, "le" poste de journaliste pour l’hebdomadaire L’Écho de La Tuque. Officiellement, j'y fus reporter sportif, mais, au quotidien, j'y pratiquai surtout la course aux déclarations exclusives des politiciens locaux, dont celles du flamboyant maire, Lucien Filion, qui n'ennuyait jamais son journaliste, en plus d'écouter, en compagnie du technicien - dont il me faudra bien retrouver le nom, un drôle de type qui avait installé des micros dans toutes les pièces de l'étage, et dont la découverte créa un véritable Latuquegate -, les ondes radio de la police, tout aussi locale.

Jules et moi confectionnions l'édition de l'hebdo à partir des nouvelles diffusées pour la plupart à midi pile, chaque jour, actualisées, bien sûr, pour leur (re)diffusion sur papier. En manquions-nous, que nous puisions alors allègrement dans les communiqués "civiques", d'intérêt supposément communautaire, que nous envoyaient la Croix-Rouge, les Chevaliers de Colomb, les clubs Richelieu et Rotary, de même que les Dames d'Isabelle, ou encore la Chambre de Commerce, toutes nouvelles qui ne risquaient nullement de choquer la citoyenne ou le citoyen. Le grand patron des lieux était un ardent promoteur du calme immédiat et virulent défenseur de la paix sociale à long terme. Un véritable casque bleu!

J'ai adoré ce bref séjour dans le monde du journalisme, que je pratiquerai à nouveau en retournant à l'université, deux ans plus tard... Coïncidence : le neveu de mon frère Jean, Patrick Vaillancourt, journaliste au tenace hebdo latuquois, vient de faire paraître deux articles fort intéressants sur la communauté de Wemotaci.

http://www.lechodelatuque.com/article-194244-Reportage-photosVisite-historique-a-Wemotaci.html

Incidemment, L'Écho de la Tuque et du Haut-Saint-Maurice, a paru sous ce titre, pour la première fois en 1938.

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À l'été 1957, quelque part au pied d’une immense falaise de sable, dans une pinière, au bout d’un champ, à Rivière-aux-Rats, j’avais connu mon premier camp scout. Ma mère m'avait embrigadé, pour mon bien, soutenait-elle avec une certaine conviction, dans la troupe scoute qui avait sa tannière au sous-sol de l'église Saint-Zéphirin. Mon p'tit frère Robert, Bob pour la famille, n'avait pu échapper à la conscription maternelle : il avait été enrôlé dans la meute des louveteaux que commandaient de gentilles akélas. Je dois préciser ici que mon père faisait déjà partie de l'équipe qui encadrait les cadets de l'air. Justement, il y avait du kaki dans l'air... J’en ferai sûrement un épisode d’un autre carnet que je songe à créer sur La Tuque.

J’ai déjà en tête, et dans mon portable, la matière de quatre épisodes.

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De Saint-Élie-de-Caxton, qu’elle s’apprête à quitter pour emménager à Trois-Rivières, Micheline Raîche-Roy m’envoie un ouvrage récent , PIF AU VENT, une « fiction symbolique », précise son auteur, Rolland Denis, dont l’intrigue se déroule chez les Attikamekw





et qui me semble s’inscrire, par son propos et ses visées, dans la lignée « pédagogique » du récit KIKENDATCH (Anse au gros cyprès),


œuvre d’un Latuquois, Gaston Hamel, qui, en 1964, était le correspondant du quotidien québecquois Le Soleil. Un ouvrage déjà fort rare, mais dont m’a gentiment fait cadeau dame Françoise Bordeleau, érudite historienne de la ville natale du grand Félix Leclerc.

Rolland Danis. Pif au vent. Roman, Saint-Élie-de-Caxton, Les Éditions SDR, 2008, 226 pages.

Gaston Hamel. Kikendatch (Anse au Gros Cyprès). La Tuque, Conseil de développement de la Haute-Mauricie, 1995, 114 pages.

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Photo du rapide des Cyprès, extraite de l'essai d'Honoré Mercier,

Les forêts et les forces hydrauliques de la province de Québec, Québec,

1923, ouvrage à la typographie richissime.

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Ce sigle, CFMM, désignait l'ancienne école normale Maurice L. Duplessis. Le nom du célèbre trifluvien devait disparaître de la façade l'édifice de la rue Laviolette pour faire place à une bien éphémère appellation, plutôt prétentieuse, le Centre de formation des maîtres de la Mauricie. Puis le cégep, nouvellement créé, profitant d'appuis socio-politiques puissants, s'emparera des lieux à l'automne 1968, refoulant les apprentis pédagogues et leurs maîtres chez les franciscains, devenus, en cette Révolution tranquille, une minorité invisible à l'oeil nu.

Cette fragile carte de presse m'a été très utile : grâce à sa date de "péremption" dissimulée sous mon faciès de boursouflé à la cortisone, j'ai pu rencontrer le grand Léo Ferré...
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mercredi 19 mars 2008

Michel Côté descendit du train à Sanmaur.

Maghaner son Sauvage !

La Haute-Mauricie dans l’univers romanesque québécois


Page de titre de l'ouvrage de Denault

Écrire sur Sanmaur implique de s’intéresser aux Amérindiens qui l’ont habité, fréquenté et stimulé son économie.


Parmi les rares ouvrages de fiction consultés par Claude Gélinas, dans le cadre de ses recherches sur les Attikameks, il y a ce roman de 1938, MON SAUVAGE, second récit de Laure Berthiaume-Denault, paru à Montréal aux Éditions Bernard Valiquette. Un livre sans grand éclat, à l’intrigue plutôt invraisemblable, qui charrie le lecteur dans un espace physique qui s’étend depuis Ottawa-la-très-tranquille jusqu'à la tête du réservoir Gouin.


Les protagonistes de cette histoire d’amour plutôt simpliste, pour ne pas dire harlequinesque [«h» intentionnel], sont Michel Côté, un Métis originaire de Maniwaki, en Haute-Gatineau, dont le nom algonquin, Pésindawatch [l’accent, très aigu, est bien dans le livre], signifie « Celui qui écoute », et Liliane La Roche [en deux mots, bien sûr], une jolie blonde, orpheline de père et dont la mère est Française et, bien sûr (bis), « femme du monde ».


On (lecteur, lectrice) monte donc à bord du vapeur Wilfrid-Laurier, à Ottawa, pour en débarquer à Montréal, où Michel achève ses études de droit. On retournera dans l’Outaouais, mais sur la rive québécoise, plus précisément dans la vallée de la Gatineau : au lac Blue Sea, à Maniwaki, chez les Algonquins, puis de nouveau à Montréal où, soudainement diplômé, pratique déjà notre avocat, qui compte parmi ses rares clients des Iroquois de Caughnawaga.

On ne manque certes pas d’Amérindiens dans ce récit et chaque groupe a une situation «sociale» différente! Au coeur de l’intrigue apparaîtra donc Sanmaur, en fait Weymontaching, car la sœur de Michel épousera un membre de la réserve de ceux qu’on appelait, jusqu’à récemment, «Têtes de Boule». Le jeune avocat aura aussi à se rendre à La Tuque.


L’auteure n’a sans doute jamais pagayé en Haute-Mauricie. Elle aurait en effet tiré ses descriptions de la région, somme toute sommaires, de ce qu’a pu lui en dire une amie, Marcienne Alie, qui fut institutrice chez les Attikameks, amenée là par l’oblat Guinard. Dans un article paru en 1988, celle-ci livre quelques-uns de ses souvenirs, dont ce séjour qu’elle fit à «Weymontaching».

L’ouvrage de madame Denault reflète bien, je crois, le climat et les idéologies de l’époque de sa conception. Originaire de Maniwaki, elle résidait alors à Ottawa, ville qui, pour certaines gens originaires de la rive québécoise de l’Ottawa River, représentait, jusqu'à tout récemment du moins, une quelconque promotion sociale. Elle se montre d’une condescendance outrancière à l’endroit de ceux et de celles qu’elle appelle « sauvages » (sans majuscule) ou encore «Peaux-Rouges». Il est vrai qu'une décennie ou deux avant la diffusion de son livre, les robes noires qualifiaient encore de BARBARIE (avec la majuscule) les territoires où vivaient les Autochtones. Les oblats, malgré la noirceur de leur froc, furent donc des "Pères blancs" qui diffusèrent leur enseignement en terre septentrionalement américaine...

J'avoue avoir cette tendance à tout classer en "noir" et "en blanc"... Je n'ai guère fréquenté les Soeurs "grises"... sinon lors d'un séjour à l'hôpital Saint-Joseph, dans ma ville d'adoption, La Tuque. Oui, à l'automne 1966, dans cet établissement oeuvraient encore quelques dévouées petites soeurs.

En cherchant une appréciation de MON SAUVAGE, je suis tombé sur une recension de l’ecclésiastique Maurice Lemire, docte historien de la littérature québécoise, brève recension insérée dans le deuxième tome du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, publié à la fin des années 1970. J’ai été fort surpris, compte tenu de l'époque où il rédigea son pensum, de ce que Lemire n’ait pas au moins souligné le caractère condescendant, pour ne pas dire méprisant, voire raciste, des propos de la dame blanche, originaire de Maniwaki, rappelons-le, à l’endroit des Autochtones. Je veux bien croire que l'écrivaine n’ait point été anthropologue ni ethnologue, mais tout de même.

Certes, les œuvres de cette époque qui ont bien vieilli sont rarissimes, car le climat les a mauvaisement érodées. Notre littérature de fiction se cherchait désespérément et une grande dame n’avait pas encore mis au monde le superbe personnage que fut (qu'est demeuré) le Survenant, ce «grand dieu des routes», cet être tolérant, dont elle avait su mettre en valeur le caractère ...sauvage.




Enfer et damnation ! Mon carnet se met à faire des méandres aussi nombreux que ceux de la rivière La Croche… Et dire que je me proposais d’abréger mes élucubrations… Je retournerai à La Loutre dans le prochain épisode de mon carnet, mais en passant par la Mattawin. Sinueux parcours que celui de mon carnet!


NOTES (En sont-ce vraiment?)

J’ai l’impression que l’ouvrage de Denault a dû être publié à compte d’auteur. Dans le cadre de mes recherches sur Jacques Ferron, en 1976, j’avais trouvé, dans le fonds d’archives des éditions de Valiquette, à la Bibliothèque nationale, à Montréal, une lettre de l’éditeur adressée, le 24 juillet 1947, à Myrto Gauthier, 82, rue Saint-Antoine, à La Tuque. Il y accuse réception d’une somme de 600$ pour l’édition de son roman, LA DAME DE SAHIB, lequel sera tiré à 2000 exemplaires en décembre de la même année. Mon exemplaire a appartenu à madame Jean Gauthier. Il s’agit fort probablement du frère de l’auteure, que connaissait bien ma mère qui l’appelait Johnny. Madame Gauthier ne parle pas des Sauvages : elle a situé son intrigue en Égypte, à des milliers de lieues de sa ville natale.

Le tome 3 du DOLQ consacre un article à son unique roman : la notice biographique qui le précède précise qu’elle est la « fille de Charles Gauthier, journaliste, et d’Azilda Couture. » Tiens, tiens ! « AZILDA » : quel hasard ! C’est aussi le prénom de la jeune femme que Jerry McCarthy épousa à La Loutre. La notice nous révèle aussi que madame Gauthier a d’abord travaillé à « la Compagnie de téléphone et de la Consolidated International Paper (La Tuque) », avant de s’installer à Montréal. Le rédacteur de la notice (un assistant de recherche) n’a pas fait sérieusement ses devoirs : la « Consolidated » ? - « … études dans son VILLAGE natal » ? - La Tuque, un village, en 1947 ? Ah! ces saudits littéraires, quand ils se mêlent de toucher à l’histoire ou à la géographie…

Myrto Gauthier fut journaliste à la Radio-Canada à compter de 1965. Je me souviens très bien de ses excellents reportages qu'elle envoyait de l’étranger. Je ne savais pas qu’elle était une Latuquoise. On peut la voir, et surtout l’entendre, à l’occasion d’un excellent reportage de son cru sur l’élection de Margaret Thatcher :
http://archives.radio-canada.ca/c_est_arrive_le/05/03/.

Pour revenir à madame Denault, ceux et celles qui voudraient avoir un exemplaire de son SAUVAGE, ils en trouveront un à 100$, à la petite libraire de Chelsea-sur-Gatineau, à trois kilomètres de chez moi.

L’article tiré des confidences de Marcienne Alie, «Les Indiens de Maniwaki et du Saint-Maurice» a paru dans la revue hulloise Asticou (no 38, juillet 1988, Société d'histoire de l'Outaouais, p. 3-5) et il est accessible en ligne (http://collections.ic.gc.ca/vallee/nations/temoignage.htm). En voici tout de même un extrait :

« Vous verrez parmi les choses que j'ai apportées le livre de Marie-Louise [sic] Berthiaume Denault "Mon Sauvage". J'avais rencontré Mme Denault au Caveau, rue Rideau, alors que j'étudiais la peinture. Nous sommes devenues amies et je suis allée à Maniwaki avec elle à la Réserve. Plusieurs photos du livre sont les miennes, bloquées par l'artiste Tom Wood. Quand nous nous sommes connues, elle a changé un peu son récit, et c'est une Blanche de Maniwaki qui a épousé un homme de Weymontaching. »

J’ai pensé, un instant, intituler mon épisode « Du p’tit blanc pour un Peau-Rouge ». Cela aurait été de mauvais goût, plutôt jaune, je dirais. Celui que j’ai retenu dessert pourtant mal mon propos : j’y annonce une étude littéraire, mais ne livre en fait que quelques humeurs qui tiennent plus ou moins le sentier… Et puis, que de recoupements « oblatiens » et mauriciens dans ce carnet : on aura remarqué, tout au bas de la page de titre de Mon sauvage, le discret «O.M.I.», centre nerveux du tampon de la bibliothèque de l’Université d’Ottawa, du temps où l’institution était tout à fait oblate ! Décidément, je ne serais pas surpris qu'Eugène de Mazenod (1782-1862) vienne faire de la figuration dans mes cauchemars...